Marie Luchi a lu Flic de Valentin Gendrot

Vous êtes un intello de gauche informé ? Epargnez-vous la lecture de « FLIC », le livre enquête rédigé par Valentin Gendron, après plus d’un an et demi d’infiltration dans la police nationale.

En effet, comme me l’a souligné l’une des plumes de ce fil que je respecte énormément : vous n’y apprendrez rien que les sociologues et les journalistes d’investigation n’ont pas déjà décrit, documenté et analysé, souvent bien plus précisément que ce que nous propose Valentin Gendron. Notre police est gangrénée par de nombreux maux : violences intempestives et illégales, racisme, discriminations, manque de formation, sous-dotation en moyens, salaires indigents, politiques du chiffre délétère, formation lacunaire des policiers, hiérarchie absente voire complice … le constat était déjà sur la table et même notre adoré ministre de l’intérieur les reconnait lorsqu’il égrène les 7 pêchers capitaux de la police nationale.

De même, votre engagement militant pour les droits humains et le respect des stricts principes républicains vous fera détester tout à la fois l’écriture romanesque centrée sur le personnage principal, dans le traitement d’un sujet aussi grave que les violences policières et les entorses majeures à ces principes que l’auteur se permet, au cours de son infiltration, au prétexte de pouvoir la continuer.

Ceci dit, « FLIC » est loin d’être un œuvre inutile.

D’abord, son écriture simple et parfois drôle rend sa lecture facile et rapide, accessible à tous, pour traiter d’un sujet ardu. Ce n’est peut-être pas politiquement correct, mais il n’y a pas de mal à ne pas souffrir pour s’informer ! Ce choix éditorial fait de « FLIC », un outil de sensibilisation important.

Ensuite, « FLIC » confirme de l’intérieur ce que beaucoup d’entre nous ont entendu de la bouche d’amis, ou de connaissances policières dont le récit apparemment outrancier, est souvent suspecté d’exagération. Il témoigne de l’ampleur du phénomène de banalisation de la violence et des petits arrangements entre amis qui couvrent, dans la plus grande illégalité, ces violences.

Par ailleurs, à travers ce récit d’un parcours éclair dans l’institution policière, de la formation à la démission, « FLIC » met en lumière une institution dysfonctionnelle, dont on comprend qu’elle ferme les yeux sur les violences au titre de son incapacité à répondre aux besoins matériels et psychologiques de ses agents, dont un nombre non négligeable et toujours croissant en arrive au suicide.

Enfin, et c’est peut-être là l’élément le plus important, parce qu’il décrit un univers de violence et de tension permanente accepté, entre policiers, entre policiers et usagers, qu’ils déposent plainte ou fassent l’objet d’un contrôle ou d’une arrestation, « FLIC » souligne un flou artistique dans la définition des missions de la police. Ainsi, au-delà de toutes les réflexions et propositions déjà émises concernant la réorganisation de la police, de l’IGPN, « FLIC » peut être un prétexte à réfléchir sur la racine de ce malaise accepté. Cette réflexion souligne l’importance du discours et des symboles.

Si, comme l’illustre « FLIC », la police attire tant de personnels ayant eu des expériences d’extrême droite, ou violentes ;

Si les violences concomitantes d’un commissaire et d’un jeune boxeur ne sont pas également condamnées ;

Si un commissaire d’Île-de-France se sent la possibilité de transmettre une carte de vœux raciste et violente ;

Si des policiers commettent des violences, profèrent des propos racistes, en réunion, après avoir commis une violation de propriété privée et se couvrent par des faux témoignages pendant plusieurs jours ….

 … c’est bien que le discours actuel sur le rôle de la police est loin de décrire une police républicaine au service des citoyens, première protectrice des droits humains et constitutionnels, exemplaire en ce qu’elle doit respecter la loi de façon encore plus stricte que les citoyens dont elle est chargée de relever les manquements, justement parce qu’elle est chargée de les relever, et ce, en notre nom à tous !

La police n’est pas là pour faire respecter la loi, ni pour prendre des sanctions : c’est la fonction de la justice. La police a pour fonction de relever et faire cesser les manquements à la règle de droit. Quand pour la dernière fois a-t-on entendu un ministre ou un Président affirmer qu’à ce titre tout policier qui commet un manquement à ses obligations déontologiques salit la police et la République avec elle ?

Oui, le mal est grave, et « FLIC » en est un tableau édifiant. Mais des solutions existent, elles impliquent d’abord que nos dirigeants politiques n’aient plus peur de leur police, mais lui rendent sa place noble en l’échange d’une exigence intransigeante de respect de nos valeurs collectives et constitutionnelles et de son rôle de service des citoyens.

Marie Luchi

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