Hercule, drôle de héros pour une bataille cruciale : celle de la transition énergétique !

Hercule est le nom de code d’un immense projet de refondation de notre géant de l’électricité : EDF. Ce projet qui a vocation à diviser ce géant et ses filiales, en 3 groupes distincts, devrait voir le jour en 2021.

Il y a aura désormais trois EDF : L’EDF « bleu », le seul à être 100 % public, le nucléaire (étonnant non ?). Le « vert », pour les énergies renouvelables et la distribution. Et, enfin, « l’azur », regroupant les barrages. Ce découpage et la privatisation de chacune de ces filiales, se fera en fonction de la rentabilité (faible pour le nucléaire, car couteux et polluant, très bonne pour les énergies renouvelable et moyenne pour les barrages).

Cette logique aura plusieurs conséquences négatives pour ce qui faut bien appeler notre intérêt général… Un détail !

1/ c’est une évidence : une fois de plus, on socialise les pertes pour privatiser les seuls gains. D’ici peu on pourra donc accuser ce qui reste de public chez EDF d’être déficitaire ….

2/ lutter contre la précarité énergétique, assurer un service universel et équilibrer l’aménagement du territoire devient de fait une utopie.

3/ enfin, on s’ampute de ce qui est l’un de nos rares atouts majeurs dans la lutte contre le changement climatique et pour la transition écologique, notre vrai champion, le service public de l’électricité.

Socialiser les pertes et privatiser les gains, sans gain de pouvoir d’achat pour les usagers : la première conséquence du projet !

Attirer des capitaux privés dans les grands projets énergétiques : voilà l’idée du gouvernement. Mais pour ce faire, tout en suivant les recommandations de concurrence données par Bruxelles, les capitaux privés seraient orientés … sur les investissements rentables. Les autres, resteraient publics !

La nouvelle entité 100% publique, EDF bleu c’est quoi ? C’est l’ensemble des activités liées à la production nucléaire et le thermique à flammes (les centrales au gaz, au charbon, les turbines à combustion). C’est-à-dire tout ce qui est, pour le moins couteux et peu rentable, pour le siècle qui vient. En effet, un réacteur sur quatre est aujourd’hui à l’arrêt, car les pannes s’accumulent. De plus, les travaux de démantèlement des centrales sont chiffrés à des montants tellement extravagants et estimé d’une durée si longue, que ni EDF, ni la cours des comptes n’ose avancer de chiffres précis… près d’un siècle de travaux : ça coute cher et ce sera à la filiale publique et donc aux citoyens de régler la facture !

EDF verte, dont la privatisation pourra atteindre 35% du capital, ne serait pas dans la même situation ! Elle devrait rassembler Enedis (la distribution), EDF Renouvelables, Dalkia (une filiale d’EDF), EDF en Outre-mer et en Corse, certaines activités internationales, ainsi que la direction commerciale (8500 salariés en France). Or, ces structures bénéficient de revenus quasi garantis et qui devraient connaitre une croissance importante. Ainsi, l’usage des infrastructures de réseau de distribution de l’électricité gérées par ENEDIS est facturé, à un prix négocié tous les quatre ans. De même, les contrats pluriannuels de fournitures de chaleur via les réseaux de Dalkia assurent des revenus stables et durables. C’est aussi le cas des bénéfices de EDF Outre-mer, qui offre une très grande prévisibilité, du fait de la situation de quasi-monopole de EDF sur tous ces territoires.

C’est évidemment sans parler de EDF renouvelable qui exploite les parcs photovoltaïques ou éoliens, dont la production est rachetée à prix garantis pour quinze ans pour l’éolien, et vingt ans pour le photovoltaïque.  En résumés, ces activités sont beaucoup plus faciles à valoriser sur les marchés financiers !

Pour EDF azur, l’avenir est quant à lui incertain… mais la privatisation des barrages est désormais un vieux serpent de mer, qui laisse peu de doute sur sa capitalisation.

Les conséquences de cette privatisation croissante de notre outil de production et de distribution de l’énergie ne s’arrêtent évidemment pas là.

Privatiser rimera bien sûr avec pourvoir d’achat ! Non ?

Que l’on apprécie ou non ce constat, l’énergie est la clé de voute du fonctionnement de notre société. Or, son accès est aujourd’hui très inégal : les prix augmentent régulièrement et ce, en dépit de la règlementation qui les entoure et de la privatisation qui devait, comme pour les autoroutes, les télécoms ou l’eau, assurer un gain de pouvoir d’achat aux usagers. Il suffit de se reporter au graphique ci-dessous pour constater qu’à ce stade, il n’en est rien !

Ainsi, entre 2005 et 2018, les tarifs d’EDF ont augmenté de près de 30 %. Le prix du kWh d’électricité subissant une augmentation de 1 à 5% chaque année depuis 2005. Les seules années concernées par une baisse du tarif de l’électricité sont 2016 et 2018. En 2013, le prix du kWh d’électricité a subi une augmentation de 5%.

Peut-on si facilement se passer du service public de l’énergie dans la course pour la transition écologique et sociale ?

Par ailleurs, comme le rappelle les syndicats de EDF, le service public peut assurer de nombreuses missions d’intérêt général que les opérateurs soumis à concurrence sont dans l’incapacité d’assurer. C’est le cas de la réduction de la précarité énergétique. En assurant une desserte nationale et des prix maitrisé EDF peu contribuer à la réduction de la précarité énergétique. De même, si EDF devenait entièrement un service public, elle pourrait fournir un service minimum d’accès à l’électricité, qui exclurait les coupures et permettrait, par exemple, un accès universel à un minimum d’électricité.

C’est enfin le statut d’opérateur public, dont la finalité n’est pas la seule rentabilité, qui permet à EDF :

  • D’accompagner particuliers et entreprises dans l’optimisation de leurs équipements et de leurs travaux pour réduire leur consommation d’énergie et leur empreinte écologique ;
  • D’investir dans des infrastructures nationales innovantes et plus vertes, même si elles sont parfois moins rentables.
  • D’assurer l’équilibre national du réseau de production d’électricité, fondé sur l’interdépendance et la solidarité des territoires, chacun fournissant l’électricité issue de ses atouts naturels (soleil, cours d’eau, surface maritime…) ou historique (investissements).

La transition énergétique tant en ce qui concerne la nature que la quantité des énergies consommées est une nécessité, mais surtout un défi, dont seul un opérateur public peut-être à la hauteur.

Et tout ce micmac doit avoir lieu vite !

C’est parce que les coûts de fonctionnement des centrales augmentent et qu’EDF a besoin d’argent… mais pas uniquement ! Si ce projet est désormais urgent aux yeux de l’Etat c’est que le système dit des « Arenh » (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) mis en place en 2010, afin de compenser l’absence d’infrastructure de production des nouveaux opérateurs privés prend fin en 2025. Or, ce dispositif leur garanti un accès à un quart de l’électricité produite par EDF à un prix préférentiel, afin que ces entreprises qui ne produisent que très peu d’électricité (et en achètent donc l’essentiel à EDF) puissent pratiquer des prix concurrentiels. En 2025 donc, ces entreprises privées perdraient leur subvention publique… or, elles n’ont pas assez investi pour produire une énergie concurrentielle et ne seraient donc plus viables ! A l’inverse, EDF verte ne pouvant produire suffisamment pour honorer tous ses contrats devrait acheter son complément à EDF bleue, au même prix que ses concurrents… et hop le tour est joué, la concurrence est rétablie en défaveur des usagers !

Pour en finir, quand l’Hydre prend le pas sur Hercule :

Pour financer le fonctionnement des centrales vieillissantes et assurer la pérennité économique des opérateurs privés sur lesquels l’Etat, et nous les citoyens, avons bien mois de prise, Hercule découpe EDF en tranche, nous privant des forces nécessaires à la transition écologique et sociale de notre société ! Au risque de conduire, au passage, des centaines de salariés directement vers la case chômage !

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On se mobilise, partout en France !

1/ on signe la pétition lancée par l’intersyndicale ici : http://chng.it/74Xp56kphB

2/ on participe localement à toutes les manifestations de salariés et d’usagers qui s’organisent, sur l’ensemble du territoire ! liste ici :

3/ on signera bientôt la pétition pour un référendum d’initiative partagé demandée par les parlementaires

 

Marie Luchi

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