Cinq Mains Coupées

C’est un petit livre qui se fait l’écho poignant d’un grand sujet. Cinq mains coupées est le récit romancé de manifestants mutilés de la main, par les forces de l’ordre, à l’occasion du mouvement des Gilets jaunes. Écrivaine notamment remarquée pour son roman La condition pavillonnaire en 2014, Sophie Divry a recueilli cinq témoignages et, sans changer les mots des victimes, les a agencées de façon littéraire, produisant ainsi une forme de polyphonie aussi émouvante que révoltante. Mesure-t-on à quel point une grenade de TNT peut bouleverser tragiquement la vie de ces hommes simplement venus exprimer leur colère dans la rue ? Vivre avec une main amputée a des répercussions dans la difficulté à réaliser des gestes quotidiens. C’est aussi le parcours professionnel ou la vie psychique qui se trouvent tragiquement affectés. 

Par le puzzle formé à partir de ces différentes histoires personnelles, Cinq mains coupées permet de passer du je au nous. Nous ne saurons pas qui de Gabriel, Frédéric, Sébastien, Ayhan ou Antoine a prononcé ces mots mais leur dimension politique naît de la colère : «  C’est un scandale. C’est de l’agression. C’est gratuit. C’est volontaire de faire mal aux gens. Je suis une victime de l’État. Je suis une victime de violences policières. J’essaye de rester digne alors que je suis totalement indigné. On me dit qu’il ne fallait pas y toucher moi je leur dis : « fallait pas nous balancer ça sur la gueule « ! » Ça commence là l’histoire. Pourquoi ils ont des armes comme ça ? On est dans un pays où on a le droit de manifester. C’est connu les Français ils sont comme ça. Et au final, tu te retrouves à te faire mutiler ! C’est censé être les droits de l’homme et là, c’est comme si c’était la guerre civile… Des fois je me dis : « pourquoi moi ? » Mais si c’est pas moi, pour un autre ? Je ne trouve pas ça normal que ça arrive dans notre pays : « Liberté, Égalité, Fraternité »… ben là, je ne l’ai pas vu. »

 

Clémentine Autain

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