Couvrez cette pollution que je ne saurais voir

Faut-il en cette période plutôt angoissante regarder « La face cachée de l’énergie verte », le documentaire du journaliste Guillaume Pitron, co-réalisé avec Jean-Louis Perez ? Car comme dirait sur France Inter dans l’émission « La tête au carré », une représentante de la Fondation Gel Douche (pardon…la Fondation Nicolas Hulot) le reportage est violent « ça donne plutôt envie de se caler au fond de son canapé ».

Ah bah oui ma bonne dame, mais depuis la nuit des temps, l’exploitation des hommes et des ressources de la terre n’ont jamais eu à voir avec un conte de Noël.

Alors que nous dit ce reportage, inspiré du livre « La guerre des métaux rares » du même Guillaume Pitron ? Il part des objectifs fixés par la COP 21 de Paris, en 2015 et de la nécessaire réduction des Gaz à Effet de Serre (certains diront exigeants objectifs….bref).

Partant de là, un peu partout, mais surtout dans les pays les plus riches de la planète, se sont mis à fleurir des projets d’énergies vertes. Et là….effet Quinoa*, c’est à qui revendiquerait/développerait le plus d’éoliennes, de panneaux photovoltaïques, de voitures « propres ». Donc la course est lancée. On devrait trouver ça bien sauf que si l’on ne change pas de paradigme, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et, je vous le donne en mille.

Les reporters nous emmènent au bout du monde, du moins de notre monde, soit la Chine, le Chili, la Bolivie. Dépaysement garantie mais rien à voir avec les clichés de « National Géographic ». Nous sommes sur les traces de neodyme, gallium, indium autant de métaux rares et de terres rares (des métaux encore plus rares que les métaux rares) nécessaires à la confection de nos batteries de voitures électrique, panneaux solaires, éolienne (une tonne de métaux rares par éolienne), ordinateurs, télé, téléphone etc.

Bienvenue dans le monde sale des énergies propres. Exploitation de mines à ciel ouvert saturant l’air à des kilomètres à la ronde, rejets sauvages d’eau usées polluant le sol, affectant les eaux potables, raréfaction de l’eau, terres de moins en moins fertiles. Des paysans sont contraints de quitter leurs fermes, des villages entiers se vident de leurs habitants. Les maladies graves sont en augmentation constante; silicoses, cancers… Dans le village d’Antofagasta au Chili, un habitant sur dix souffre d’un cancer lié à la contamination du cuivre; la mine se trouve à 400 km plus au nord. Un médecin de la ville constate que « se transmet d’une génération à l’autre une sensibilité renforcé au cancer du poumon, cela devient génétique ».

On peut passer d’un pays à l’autre (plutôt des pays du sud, hein) l’histoire est quasiment la même.

On ne sera pas étonné d’y voir les grands noms de tout ceux qui dominent le marché des énergies (coucou Engie), des constructeurs automobiles et leur discours plus vert dollar que vert pomme (bio s’entend). L’hypocrisie dans tout ce qu’elle a de plus cynique.

Les critiques de ce documentaire évoquent un manque de perspectives, de débouchés. Sûrement à qui veut ne pas entendre dans ce documentaire ceux qui disent qu’il faut en finir avec ce modèle économique et social. Parce qu’on aura beau essayer de cacher la poussière sous le tapis, il y en a désormais beaucoup trop pour qu’on refuse de la voir.

Alors oui il faut voir cet excellent documentaire. Oui ça plombe (tout autant que la lecture de « L’empire de l’or rouge » de Jean-Baptiste Malet) mais comme dirait l’autre « pendant que la Maison brûle, nous regardons ailleurs ». C’est bien de ça qu’il s’agit : refuser de voir la réalité en face. Et ça c’est encore plus violent !

Angélique Dupont

« La face cachée des énergies vertes » disponible sur ARTE.fr jusqu’au 22 janvier 2021.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :