L’air de rien, respirer en France tue

En France, la pollution de l’air tue plus que l’alcool et se place au deuxième rang des mortalités évitables après le tabac. Près de 50 000 personnes décèdent chaque année de l’exposition à un air vicié. Les études qui s’intéressent à la pollution de l’air, excluent toutes les expositions à des substances nocives d’origine naturelle (feu de forêt, activité volcanique,…) et se concentrent sur la pollution provoquée par l’activité humaine, et principalement le recours à la combustion fossile. En annonçant des chiffres, il est toujours difficile de mettre en valeur le caractère saisissant de l’information tant nous sommes désormais noyés d’informations malheureuses sur les mortalités ici, la pauvreté là, et le cortège des dysfonctionnements que nous offre le déroulement normal du capitalisme. 

Ainsi laissez-moi insister, les chercheurs sur la pollution dénoncent une “pandémie” qui a tué, en 2019, 6,7 millions de personnes dans le monde dont 500 000 nouveaux-nés particulièrement vulnérables aux particules fines. Si sa mortalité est conséquente, c’est que la pollution est un facteur d’aggravation des risques cardio-vasculaires, de dégradation des fonctions pulmonaires et du développement d’un cancer des poumons. Le sujet ne semble pourtant pas bénéficier d’une attention particulière dans le débat public. 50 000 morts en France… À titre de comparaison, chaque année l’on dénombre en moyenne 4500 décès dans des accidents de voiture. La conscience du risque que représente le transport véhiculé est largement partagée par la population et de multiples politiques publiques de prévention ont été mises en place. Pourquoi faut-il alors que ce risque pour notre santé que représente la pollution de l’air soit si peu reconnu ? 

Le courant écologiste a porté avec lui une revendication sur la qualité de vie qui posait les bases d’une politisation de la qualité d’air. Le thème est cependant resté un sujet annexe des préoccupations publiques. D’ailleurs, à chaque pic de pollution, l’heure est à l’adaptation conjoncturelle aux conditions particulières. Les limites imposées à l’occasion sont toujours une série d’actions temporaires (limitations de vitesse, interdiction de la circulation de certains véhicules,…) qui semblent déconnectées de tout raisonnement sur le problème rencontré. Comme les crises économiques, ces pics de pollutions semblent advenir comme des catastrophes naturelles, surgissant d’une Nature mystique qui s’exprimerait par le fait du hasard. Les études sont cependant formelles, l’empoisonnement auquel nous nous exposons est le fruit de l’activité humaine, c’est-à-dire de choix constants et répétés sur l’organisation sociale et politique de nos activités économiques. En France, le déni arrange bien nos dirigeants. Ils ne sont pas pressés de se retrouver face à la nécessité d’entamer une réflexion réelle sur le changement radical que demande une perspective réconciliatrice de l’activité humaine et de l’écosystème. 

Le 3 décembre dernier, la Commission européenne a haussé le ton sur le non-respect par la France de ses engagements en termes de qualité de l’air. En 2008, Paris avait été condamné par la CJUE pour avoir « dépassé de manière systématique et persistante la valeur limite annuelle pour le dioxyde d’azote (1) depuis le 1er janvier 2010 ». Dix ans après, les efforts entamés sont jugés “insuffisants” et exposent la France à des sanctions financières. Nos dirigeants prennent décidément notre santé très au sérieux. Si l’on en croit le journal Le Monde (2), le premier réflexe du gouvernement est d’avoir budgété des millions nécessaires pour payer l’amende annoncée. À quoi bon sauver des vies et offrir un air respirable si l’on peut payer pour faire oublier le problème ?  

Paul Elek 

(1)Le dioxyde d’azote est un gaz toxique essentiellement produit par le trafic routier, et notamment par les véhicules diesels.

(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/12/03/pollution-de-l-air-la-commission-europeenne-accentue-la-pression-sur-la-france_6062068_3244.html

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