Sortons de cette logique mortifère !

 

L’année 2020 avait commencé avec l’apparition, sur un marché lointain, d’un virus inconnu, elle se termine sur un premier bilan au allure de catastrophe planétaire. Bien entendu, s’il est encore trop tôt pour penser ou imaginer ce qui va advenir à long et moyen termes, ce coup d’arrêt brutal de la « mégamachine » planétaire, ce choc avec le réel, marquera, sans nul doute, et pour longtemps la trame de notre histoire mondiale. Ni la chute des Twin Towers, le 11 septembre 2001, ni la crise des subprimes de 2007-2008, n’avaient ébranlé le monde avec autant d’amplitude et d’intensité jusqu’à mettre en quarantaine, ici et là, une partie de l’humanité. Nous l’avions pressenti, voire analysé à travers les nombreux récits catastrophistes de ces dernières années, mais personne n’avait envisagé, dès le début de cette décennie, un tel emballement planétaire aux conséquences humaines, sociales, économiques et politiques, déjà perceptibles.

C’est aujourd’hui, plus de 1,4 millions de décès dans le monde liés à la Covid-19 (dont plus de 260 000 en Europe), c’est une économie mondiale asphyxiée et une récession en France qui, en 2020, devrait être de l’ordre de – 11% et un niveau de la consommation diminuant de 7% par rapport à 2019, des licenciements en pagaille, tout un tissu de petites et moyennes entreprises fragilisé, des dégâts sociaux considérables avec plus d’un million de pauvres supplémentaires d’ici à la fin de l’année (la moitié des pauvres ayant moins de 30 ans).

Rajoutons à cela, avec la série d’attentats de ces dernières semaines, l’extrême droite et la droite qui imposent leur agenda politique et leurs obsessions sécuritaires et identitaires dans le débat public. Alors que nous donnons des leçons de liberté à la terre entière, que nous fustigeons la Hongrie ou la Pologne au nom de l’Etat de droit, voilà que l’Assemblée Nationale vote la loi sur la sécurité globale qui nous fait basculer progressivement d’un Etat de droit à un Etat de police. De la crise sanitaire à la lutte contre le terrorisme, tout est devenu prétexte pour renforcer l’arsenal législatif sécuritaire, du schéma national de maintien de l’ordre au projet de loi sur le séparatisme en passant par le renouvellement de l’état d’urgence sanitaire. Ainsi, à mesure que le capitalisme bute sur ses limites, il n’a de cesse d’empiler, pour survivre, ses dispositifs de surveillance et ses lois liberticides.


Ce climat est délétère et les échéances électorales, à venir, en particulier celles de 2022, ne peuvent s’aborder comme si nous étions dans un climat serein ou dans une situation politique stable, sans danger pour nos institutions et la démocratie. Rappelons-nous les lentes dérives politiques du siècle dernier, ayant conduit à deux conflits mondiaux et aux exterminations de masse.

Or l’étiage électoral (si on en croit les sondages) qui est le nôtre aujourd’hui, celui des écologistes et des gauches, s’élève entre 25 et 30%, loin de la majorité requise pour l’emporter en 2022. Alors comment avancer dans les semaines qui viennent pour éviter la catastrophe politique et la multiplication des candidatures pour la présidentielle ? Comment œuvrer à la construction de cet espace politique qui irait de la France Insoumise jusqu’aux déçus du macronisme ? Rien n’est, à ce jour, inscrit dans le marbre mais nous devons faire vite et nous hisser collectivement à la hauteur de la somme des enjeux qui sont devant nous : enjeux climatiques, sociaux, politiques…Le chemin est étroit mais nous connaissons les ingrédients de la réussite : un projet commun, co-élaboré, avec les acteurs politiques de l’écologie et des gauches, syndicaux, citoyens, de tout l’arc humaniste, permettant de dessiner 15 à 20 mesures basculantes à mettre en œuvre dans les 6 premiers mois, la composition d’un altergouvernement et la construction d’une majorité législative. Sortons ensemble de toute cette logique mortifère et concurrentielle qui nous encombre et redonnons une chance aux forces de vie.

2 réponses

  1. MimiduBdF dit :

    Je partage entièrement votre point de vue. Il est RUGENTISSIME que TOUTES les forces de gauche s’unissent à partir d’un socle commun social et écologique. Mais qu’attendent-il/elles ???

  2. KRYS dit :

    Merci de lire ce qui suit et des échanges argumentés qui pourront s’ensuivre :

    Election présidentielle
    Cessons d’implorer l’union
    Faisons-la

    Oui, cessons d’implorer les organisations politiques de gauche pour qu’elles nous permettent de nous réunir électoralement à gauche. C’est touchant d’espérance toutes ces signatures. Et il y a toujours un moment de mieux à découvrir un appel de plus quand celui-ci est clairement ancré à gauche, comme c’est pour moi le cas de « 2022 (vraiment) en commun ».

    Mais tout aussitôt, c’est le scepticisme qui domine, pour ne pas dire le pessimisme.

    Et cela paraît malheureusement réaliste. D’abord car les organisations politiques qu’il est admis de classer à gauche ne font que semblant d’avoir cet objectif. Pourquoi ? Parce qu’au fond, elles croient davantage en elles-mêmes que dans le mouvement populaire, quoi qu’elles prétendent.

    Aussi et surtout parce que nous n’avons pas encore décidé de tirer les conséquences d’une montée civilisatrice de l’exigence de citoyenneté que pourtant nous soulignons volontiers, mais qu’étrangement nous semblons oublier quand il s’agit pour nous de surmonter l’obstacle hélas dressé par nos organisations politiques de gauche jusqu’alors.

    Or par ces appels que nous signons et parfois initions, nous consentons à nous tenir en extériorité par rapport à une décision proprement vitale (avoir un.e candidat.e commun.e nous permettant à gauche, de nous réunir électoralement le plus massivement possible dès le 1er tour), admettant ainsi implicitement que ce serait là une prérogative des seules organisations politiques.

    Nous ne pouvons alors en effet que les implorer et nous préparer à déplorer leur irresponsable surdité.

    Je ne sais ce qu’il en est pour vous qui lisez cet avis mais moi, ça ne me va pas. Je veux bien perdre cette bataille aussi, mais pas sans avoir combattu vraiment et encore moins en ayant accepté par avance une répartition des rôles, des pouvoirs, que je vivrais personnellement comme une soumission.

    C’est pourquoi je propose que l’on s’organise, non plus seulement pour signer un texte suffisamment clairement de gauche pour nous le permettre, mais en affirmant la résolution que celles et ceux qui signent ce texte « socle », exprimant publiquement la visée de gauche qu’ils ont en partage et qui leur permet de choisir de se réunir électoralement, organiseront entre elles et eux, le moment venu, le vote interne pour choisir leur-e candidat.e et en affirmant à la face de toute organisation politique se disant de gauche que si elle l’est vraiment, elle doit se soumettre à ce processus auquel elle devrait d’ailleurs concourir d’urgence, plutôt que se complaire irresponsablement dans un jeu mortifère dont nous ferons tous les frais dramatiques.

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