Vaccins : devons-nous dire merci à la compétition capitaliste ?

Nous y sommes. Les annonces pleuvent. Les grands groupes pharmaceutiques s’avancent et annoncent des résultats dans la recherche, la production et la mise sur le marché d’un vaccin contre la Covid-19. Entre les taux d’efficacité, la stratégie vaccinale ou la sûreté de vaccins développés en un temps record, les sujets ne manquent pas. Et pour cause, il y a de quoi se réjouir :  en quelques mois, la perspective d’une autorisation de mise sur le marché d’un vaccin a fait son chemin.

Cette rapidité est exceptionnelle, eu égard au temps habituel de la recherche – nous avons en mémoire les exemples d’autres maladies comme la rougeole ou le VIH – et ces résultats ont de quoi faire pâlir la recherche contre le cancer. Mais peut-on pour autant asséner, comme le fait Yves Tréard dans le Talk du Figaro face à Clémentine Autain, que « ce capitalisme n’a pas que du mauvais ! Si on regarde la course au vaccin et la compétition à l’œuvre, le fait qu’il y ait une compétition justement fait que l’on va peut-être avoir un vaccin assez vite ! »

Interrogeons-nous… Après les scandales à répétition, qu’il s’agisse de la production ou de la répartition du matériel sanitaire à l’échelle planétaire, après le blocage de stocks de masques sur le tarmac des aéroports, après l’habillage des soignants de blouses de sacs poubelles, nous attentions, a minima, des thuriféraires du système capitaliste et de la compétition mondialisée un peu de “tenue”. L’heure est au malaise plus qu’à la confiance dans ce système dont nous connaissons les profits générés par la recherche contre l’anti ride plutôt que les vaccins, justement.

Élargissons la question. A la recherche du vaccin s’ajoute celle pour un traitement efficace. Le débat parmi les débats.

Hydroxychloroquine, remdesivir et autres ont suscité l’intérêt et fait couler beaucoup d’encre. Le point commun de ces molécules ? Être déjà connues et utilisées par les laboratoires. Il s’agissait donc pour ces derniers de « repositionner » chacune de ces molécules, disons plutôt, d’optimiser pour aller, certes au plus vite, mais surtout au moins coûteux. Si c’est un euphémisme que de dire que le succès n’a pas été au rendez-vous, on peut également noter que les laboratoires n’ont lancé que très peu de recherches complémentaires faisant appel à de nouvelles molécules. Le propre de la recherche finalement, sabordé par un risque de bénéfices nuls… au moment de l’arrivée d’un vaccin. L’exemple récent de cet effet pervers est celui de l’institut Pasteur de Lille, à qui personne n’a répondu lorsqu’il demandait 2 millions d’euros pour lancer une de ces recherches. L’ombre de l’échec du remdisivir plane sur les firmes. À l’issue d’une recherche coûteuse par l’entreprise Gilead lors de la crise d’Ebola, la mise sur le marché d’un traitement n’a eu lieu qu’après la fin de l’épidémie.

Si la compétition capitaliste favorise un investissement colossal dans la recherche d’un vaccin contre la Covid-19, ce n’est pas dans l’objectif de sauver des vies, mais de gagner des parts de marché, d’arriver premier et de vendre cher. Ce dessein délaisse donc forcément la recherche d’un traitement efficace, soit une part considérable de la réponse à apporter à cette crise planétaire. Un encouragement de plus à la suspicion quant aux objectifs de la recherche pour la santé.

Enfin, comme toujours au royaume de la concurrence libre et non faussée, ce sont les citoyens qui feront les frais d’inégalités de traitement. Le G20 promettait bien, hier en grande pompe, de ne ménager « aucun effort pour assurer une distribution équitable du vaccin ».  Mais l’ONG Oxfam dénonce légitimement un décalage frappant… Loin des appels creux, notamment européen, à faire du vaccin « un bien public mondial », tous ces pays entretiennent cette course effrénée. Et en fin de course, il ne sera fait mention nulle part du montant pourtant réclamé par les Nations Unis en faveur des pays pauvres : 28 milliards de dollars, dont 4,2 milliards en urgence. Des milliards, ces même pays s’en sont accordés 11.000 pour répondre à la crise sanitaire par la pré-commande du vaccin et pour soutenir cette même économie capitaliste.

Donc décidément, non, nous ne dirons certainement pas merci.

T.C.

2 réponses

  1. Millot Annie dit :

    cette compétition ne m’inspire aucune confiance ! et à mon âge ce que je redoute le plus c’est qu’on m’impose ce machin,cette soi-disant panacée : je vais servir de cobaye et si j’en meurs ,certains diront : »normal à son âge-,septuagénaire-,elle serait morte de toute façon ! »

  2. Nicole ROGER dit :

    Je me posais justement la question des TRAITEMENTS !
    On ne nous parle plus que de vaccin et de compétition : 90%; 94%; 95% … qui dit mieux ! ça ressemble à ces jeux d’enfants, c’est moi qui ai la plus … belle, grosse …
    C’est à rire … ou à pleurer !

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