Jean-Mi, ou de l’éducation

Jean-Michel écrit une nouvelle page de sa détestable longévité à la tête de l’Education Nationale. Après s’être mis toute la profession à dos, s’attaquant tour après tour chaque niveau d’éducation  dans le mépris le plus profond des préoccupations des personnels, son ministère sombre dans le clientélisme, la malversation et la corruption politique. 

Le début de notre histoire saugrenue remonte à 2018 quand un syndicat lycéen “Avenir lycéen” est créé par des membres des Jeunes avec Macron, le mouvement de jeunesse de La République en Marche. Depuis, le syndicat s’est exercé à soutenir durablement le gouvernement et son ministre, mettant en scène dans ses outils militants le soutien réel ou fictif de personnels ou lycéens aux réformes contestées qui rythment le mandat d’Emmanuel Macron. Jusque là, tout va bien, la mauvaise foi n’est pas interdite en politique. Grâce aux révélations de Médiapart, puis de Libération, nous savons désormais à quoi s’amusent en vérité les soutiens de la macronie dans leur jeunesse bourgeoise… 

Lorsque le président disait qu’il était “dur d’avoir 20 ans en 2020”, il ne pensait certainement pas à ces jeunes qui, engagés à son service, profitent des subventions du ministère à leur syndicat pour dilapider les fonds dans des dépenses somptuaires. Rien n’est trop bon pour la jeunesse dorée : réservations dans des hôtels luxueux, repas dans des restaurants étoilés, achat important de matériel informatique (vidéo-projecteurs, ordinateur). Voilà à quoi ont servi les deux subventions de 65 000 euros et de 30 000 euros versées par le ministère. L’une avait pour objectif de soutenir un congrès qui n’aura jamais eu lieu… Mais peut-on condamner cette utilisation peu scrupuleuse des fonds publics ? Après tout, ces jeunes se vautrant dans leur privilège de classe avec la plus vive aisance ne font-ils pas preuve d’un mimétisme innocent ? N’ont-ils pas joué à être riche comme le prescrivait le président qui souhaitait en 2015 que “des jeunes Français [qui] aient envie de devenir milliardaires” ? Il pourrait cependant s’agir d’un mal plus profond, plus contagieux, celui du mépris habituel de nos dirigeants pour les outils du collectif et du politique. Avenir Lycéen, animé d’un désir de sous-fifre ne pouvait être qu’une mascarade. 

Plus grave sans doute est l’étendue de la complicité du ministère. Pris sur le fait, les défenses habituelles s’enclenchent : “une enquête administrative a été ouverte pour déterminer combien de temps sera nécessaire pour faire oublier l’affaire”… Déjà quelques témoignages s’organisent pour dédouaner Jean-Michel Blanquer de toute responsabilité et les démissions des dirigeants du syndicat s’enchaînent. Certains affirment cependant dans Libération avoir été manipulés par des proches du ministre notamment Jean-Marc Huart, ancien bras droit de Jean-Michel Blanquer et membre de la direction générale de l’enseignement scolaire. Difficile de couvrir le ministre, d’ailleurs comme Médiapart l’indique, le délégué national à la vie lycéenne (DNVL) du ministère, Christophe Brunelle (par ailleurs membre de LREM) était au courant dès l’été 2020. Il avait fait part d’une préoccupation pour le moins minime au sujet de l’action des flambeurs d’Avenir Lycéen et s’était contenté de rappeler que : « l’argent public doit être dépensé avec intelligence et parcimonie ». De nouveau, la corruption révélée rappelle que la seule règle du jeu que s’applique la classe dirigeante est la suivante : tout est permis tant que personne ne s’en aperçoit.

Paul Elek

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