Silence, un peuple recouvre sa liberté

Le 19 octobre 2020, Luis Arce candidat du MAS et dauphin d’Evo Morales a remporté la présidentielle en Bolivie par un score époustouflant  de 55% des voix au premier tour. Près d’un an s’était écoulé depuis la démission de l’ancien président, Evo Morales, et son départ en exil provoqué par la brutalité de l’opposition de droite fascisante. Quelques articles de presse nous apportent aujourd’hui sobrement des nouvelles du pays qui les avait pourtant excités comme rarement un an auparavant. Avec la victoire éclatante des forces populaires du pays, s’écrit un nouveau cas d’école de fiasco médiatique. Pourquoi faut-il que la presse française soit si généreuse en calomnies et si timide en mea culpa quand elle traite de l’Amérique Latine ? 

Lorsque le 24 novembre 2019, Evo Morales était déclaré vainqueur de l’élection avec seulement 47% des voix contre 36,51 % pour Carlos Mesa, les protestations de l’opposition de droite ont trouvé de bons porte-paroles dans les médias français. C’est que dans la figure de cet infâme syndicaliste qui avait mené les ouvriers et les indigènes au pouvoir, ils y voyaient un homme déjà coupable. La droite latino-américaine possède en effet cette hargne contre la victoire des peuples et ce mépris du peuple un peu daté que d’ordinaire, les médias français évitent de trop mettre en scène ici. Mais l’Amérique latine, c’est loin. Alors, les accusations en autoritarisme des dirigeants populaires des pays de la région fusent plus vite qu’il n’en faut ici pour couvrir la répression brutale des mouvements sociaux dans l’Hexagone. Les voilà qui pouvaient s’exclamer du haut de toutes leurs valeurs démocratiques “Morales caudillo ! Morales tourne mal”,fraudes, trucage, manipulations”. Personne pour remarquer que sa candidature est arrivée largement en tête, qu’un dictateur ne démissionne pas quelques jours après un scrutin. Sans compter que la petite musique de fond qui s’installe flirte doucement avec le racisme quand un Morales vaut un Castro ou un Chavez, ces latinos tous les mêmes… Lorsque l’armée a fait pression pour obtenir sa démission, là aussi personne n’est frappé d’un étonnement démocratique passager et lorsqu’une fois éjecté du pouvoir, il est poursuivi pour “terrorisme et sédition”, mais l’actualité s’apaise, il n’est plus le temps d’en parler. 

Qui entendra alors l’appel du New-York Times en juin 2020 démontrant que le rapport de l’OEA, seule preuve avancée des fraudes présumées, était “erroné”, du fait d’une méthodologie bâclée et inappropriée. Il n’y a pas eu de fraudes, mais tant pis, un homme est tombé, qui plus est un ennemi de Washington. Nous voilà face à un nouveau gouvernement d’usurpateurs dont la présidente par intérim, Jeanine Áñez, fait son entrée au parlement, bible à la main, et sous les cris de “Gloire à Dieu”, dans un état pourtant devenu laïc en 2009 à la suite d’une modification constitutionnelle promue par son prédécesseur. Dans « le coup d’État le plus astucieux et le plus odieux de l’histoire » comme le dénoncera Eva Morales, tout le monde n’y aura vu que du feu. C’est un jeu en trois parties : calomnie et mensonges, bienveillance envers l’hystérie droitière de la bourgeoisie locale, silence quand la vérité triomphe. Voilà à quoi s’est tenu, à de rares exceptions près, notre système d’information. 

Pourtant, il y aurait à dire de l’essoufflement de la dynamique populaire qui portait Evo Morales, des conflits sociaux qui ont existé sous ses mandats, des difficultés de renouvellement des dynamiques révolutionnaires installées au pouvoir. Interdit de se représenter, Evo Morales a pu regagner le pays le 10 novembre, accueilli par des milliers de personnes dans une scène de liesse populaire que l’on aimerait revoir sur notre vieux continent. Il assure ne plus avoir vocation à reprendre des fonctions politiques et vouloir reprendre son travail de syndicaliste. Son réel successeur, Luis Arce, confirme qu’il ne fera pas partie du nouveau dispositif gouvernemental. C’est une histoire qui finit bien pour le peuple bolivien. Elle laissera pourtant des traces par l’ampleur de la crise politique qu’elle aura provoqué là-bas, par la mascarade qu’elle a représentée pour la déontologie médiatique ici. Les peuples ne gagnent pas souvent, c’est beau un peuple qui gagne, rappelons-le nous. 

Paul Elek 

Une réponse

  1. PILLET dit :

    Je connais un peu la Bolivie pour y avoir voyagé plusieurs fois de 2003 à 2018. Après l’arrivée d’Evos Morales au pouvoir, j’ai pu y constater une diminution importante de la misère apparente.
    Un restaurateur de San José de Chiquito m’a confirmé ça dans une conversation en 2016 ou 2017, il se disait satisfait de la situation économique et de la marche de son entreprise mais regrettait une loi ressente, l’obligeant à accorder un 13ème mois à ces salariés.
    La politique d’Evo Morales à permis à une grande partie du peuple de sortir de la misère.
    Sa politique de nationalisation du pétrole et du gaz lui a valu une haine farouches des multinationales, la Bolivie était le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, alors qu’elle possède des richesses minières immenses, l’exploitation du Lithium, ouvre de très bonnes perspectives à un gouvernement démocratique qui gérera cette richesse pour le bien de tous.
    Les multinationales et les États des grande puissances notamment les USA ne vont pas laisser ces trésors leur échapper sans tenter d’en retrouver la maitrise.
    Il y a un an, les factieux ont réussit un coup d’état ingénieux, mais en se représentant plusieurs fois en violation de la constitution qu’il avait lui même fait voter, Evos Morales a fait des fautes. Il faut le dire et cela n’enlève rien à tout ce qu’il a fait de positif pour son pays.
    Heureusement le peuple Bolivien à repris la main, le nouveau président a été élus avec une large majorité et 75 députés sur 130 au parlement.
    L’avocat et homme d’affaire corrompu Luis Fernando Camacho représentant de la grande bourgeoise bolivienne, homme d’extrême droite, gagne 7 sièges au parlement et 4 au sénat, il a la majorité dans l’état le plus développé et le plus riche de Bolivie. C’est une bonne base pour les factieux.
    Il va falloir continuer de parler de la Bolivie, pour que les mauvais couts ne se fassent plus dans l’ombre.

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