Lectures de confinement

Nous sommes confinés, les librairies méritent d’être soutenues, les apports culturels se réduisent à ce que l’on peut apprécier entre ses quatre murs… J’invite donc celles et ceux qui aiment lire à dévorer ! Nous ne pouvons plus tomber sur une pile de livres mise en avant par le libraire, ni chiner une quatrième de couverture alléchante au hasard des recoins des tables et des étagères, il nous reste la critique et le bouche-à-oreille. Le choix est difficile parce que l’état d’esprit de notre époque est si lourd que dégager l’espace mental propice à la lecture n’a rien d’évident. Il faut accrocher – et parfois s’accrocher. J’avoue que plusieurs livres me sont tombés des mains quand d’autres y sont restés collés.

Le court premier roman de Laurent Petitmangin, « Ce qu’il faut de nuit », saisit l’époque dans ce qu’elle peut générer comme angoisses politiques. Ici, au coeur d’un milieu populaire en Lorraine, c’est la dure réalité d’une relation père-fils qui se fissure sur l’autel de l’antagonisme politique. Le père fut adhérent au parti socialiste, le fils flirte avec l’extrême droite. Comment se comprendre, se parler, s’aimer ? Déchirant.

« Thésée ou sa vie nouvelle » de Camille de Toledo est un récit de psycho-généalogie particulièrement saillant. L’écriture fine et subtile m’a emportée sur les traces d’une histoire familiale notamment marquée par la répétition du suicide. Peut-on fuir durablement la généalogie des fantômes ? Camille de Toledo raconte l’expérience du corps se manifestant douloureusement, comme un rappel à l’ordre familial. Prenant.

Et puis il faut rire, toujours, malgré tout…. Alors je remercie Chloé Delaume pour la vague de dérision qu’elle nous offre avec « Le cœur synthétique ». C’est au fond une histoire ni joyeuse, ni légère qu’elle raconte mais Chloé Delaume le fait avec une telle nervosité et un tel humour que le livre ressemble à un « Bridget Jones » en version pré-ménopausée et féministe. À 46 ans, Adélaïde est attachée de presse et vient de quitter son compagnon. Le célibat féminin à cet âge ? Rien d‘évident. Heureusement, il reste la sororité. Entêtant.

Clémentine Autain 

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