Des nouvelles du marché de la santé

En frappant de plein fouet la France au début de l’année, l’épidémie de Covid-19 avait révélé la catastrophique gestion des stocks sanitaires par les autorités. Il fallait ainsi retenir son souffle dans l’attente des masques et être témoin d’une pénurie de surblouses, ou même de médicaments. Se révélait ainsi au grand jour les résultats de la logique marchande qui gangrène depuis plusieurs années le service public de la santé. Sous les coups de l’austérité budgétaire, l’investissement dans la santé laissait place à une forte externalisation de la direction stratégique de l’hôpital public dont l’objectif était de réorganiser les services en fonction des économies à réaliser. Résultat, les lits qui nous manquent aujourd’hui sont ceux supprimés hier au nom de la gestion de l’efficacité… 

Confier la santé au secteur privé n’est par ailleurs pas une alternative enviable comme nous le rappelle cruellement cette semaine l’UFC-Que Choisir. Dans une nouvelle étude, l’association de droits des consommateurs fait état du comportement criminel des laboratoires pharmaceutiques. Bien contents de gonfler leurs chiffres d’affaires par le biais des milliards d’euros qu’ils reçoivent de la Sécurité sociale, ces derniers n’hésitent pas à cesser de produire les médicaments qui ne conviennent pas à leurs objectifs de profit. Ainsi, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament, en quatre ans, les pénuries de certains médicaments ont été multiplié par six, amenant à 2400 le nombre de médicaments plus disponibles à l’achat. Ces ruptures organisées concernent les “médicaments dits d’intérêt thérapeutique majeur”. Autrement dit, quand vous êtes malade, vous feriez mieux de choisir la bonne maladie. 

Les pénuries recensées par l’UFC-Que choisir ne sont pas le fruit du hasard. Elles touchent d’abord les médicaments qui ont été commercialisés sur le long terme (depuis vingt ans). Il s’agit souvent également de médicaments peu coûteux autour de 25 euros ou moins. Abandonnant en rase campagne, ces salauds dont la maladie n’est plus assez rentable, les laboratoires les invitent à diminuer la posologie, histoire de faire durer les derniers stocks. D’autres incitent à passer à un autre médicament. Au diable les effets secondaires induit par le changement de traitement, ont-ils vraiment le choix ? Les plus cyniques ne proposent aucune solution, pas de service après vente pour les malades qui ont de l’endurance. 

Voilà le visage de la prédation. Lorsque des besoins aussi essentiels sont confiés à la gestion privée le besoin de la production d’un profit transcende les nécessités humaines. Le plus déprimant dans l’affaire est sans doute de ne plus être étonné de cette normalité écoeurante. Dans ce cynisme du quotidien s’écrit jour après jour notre impuissance à reprendre le contrôle. C’est sans doute que l’indignation ne suffit pas face à la fatalité. Il faut refaire sens, et exproprier les laboratoires de leurs brevets ainsi que leur placement sous contrôle public intégral semble le premier pas.

Paul Elek

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