Nos dirigeants se moquent de notre sécurité

La loi sécurité globale porte un drôle de nom. Sans doute ne sont-ils plus inspirés, à force d’introduire années après années toujours plus de lois dont l’effet sur nos libertés publiques se fait sentir sans que nous ne voyons le bout du tunnel. La boulimie sécuritaire est devenue un cynique gag répété à chaque fait divers saugrenu et violent, à chaque attentat atroce et meurtrier. La surenchère est pourtant le signe d’un échec fatal. 

Peut-on mieux expliquer à quel point ces propositions sont inefficaces qu’en soulignant qu’elles se succèdent les unes après les autres tandis que les discours sur l’insécurité, la montée de la violence tournent en boucle ? N’en déplaise aux études et aux chiffres, le sentiment que cela va de plus en plus mal s’empare de nombreuses et nombreux de concitoyens. Dans ce climat, bien alimenté par les vendeurs d’angoisse des chaînes en continue, le risque est ailleurs. Le diable se glisse dans les détails. Dans leur dernière proposition, nos dirigeants nous ont offert de bien curieuses propositions pour lutter contre le terrorisme…

D’abord, un changement des caméras mobiles utilisées par les forces de l’ordre. Prévues au départ pour que les images ne puissent pas être modifiées par leur porteur et uniquement transmises a posteriori, ces “garanties essentielles” pour la CNIL devraient prendre des vacances. L’article 21 propose en effet qu’elles puissent être transmises en temps réel au poste de commandement : manifestez vous êtes filmé.e.s…et potentiellement traqué.e.s au moyen d’une association digne d’Océania entre reconnaissance faciale et fichiers de police. À l’article 22 on veut autoriser les drones à surveiller les manifestations, n’en déplaise au Conseil d’Etat qui déclarait cette pratique de la police parisienne illégale grâce à un recours déposé par l’association la Quadrature du Net. Puisque la cible de choix n’est pas, vous l’avez deviné, les fanatiques ayant recours à la violence, l’article 24 propose d’interdire la diffusion d’images des policiers en opération. Déjà aveugles et sourds à la brutalité policière, les gouvernants veulent instaurer leur déni dans la loi.

Nos dirigeants se moquent de notre sécurité quand elle s’écrit accidents du travail. Nos dirigeants se moquent de notre sécurité quand elle s’appelle lutte contre les violences faites aux femmes. Nos dirigeants se moquent de notre sécurité quand elle s’écrit bavures policières. Nos dirigeants se moquent de notre sécurité quand elle s’écrit sécurité sociale. Nos dirigeants se moquent de notre sécurité quand elle s’écrit masques, surblouses, test et protection contre le virus. Peut-on encore croire qu’ils seront ceux qui nous protégeront des menaces que couvent leurs envies d’une guerre de civilisation ?

Paul Elek

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :