Face à l’extrême droite, un collectif de syndicalistes, militant.e.s politique, chercheurs et chercheuses, scientifiques, journalistes, élu.e.s, citoyen.ne.s crée l’Observatoire national de l’extrême droite

Année après année, élection après élection, l’extrême droite gagne du terrain, une présence que l’on retrouve aussi bien dans les urnes que dans le débat public qui lui offre une tribune quotidienne sur les chaînes d’information grand public aussi bien que sur les réseaux sociaux. 

En 2017, les suffrages emmenaient le Rassemblement national au second tour pour la seconde fois de son histoire, le parti de Marine Le Pen raflait alors 34,2% des voix, passant la barre des 10 millions de voix, soit pas moins d’1 électeur sur 3, un score jusqu’alors jamais égalé par le parti. Ce mois de mai 2017 pas de grand rassemblement pour faire barrage à l’extrême droite comme ce fut le cas en 2002. Un contraste glaçant qui marquait ainsi une forme de banalisation de la présence d’une extrême droite puissante dans la vie politique de notre pays.

Les dernières élections municipales ont quant à elles démontré l’ancrage local de maires se revendiquant d’extrême droite. Dans leur très grande majorité, ils ont été réélus dès le premier tour. 

Ces résultats doivent nous interroger collectivement, vote d’adhésion à l’ensemble du programme, vote protestataire, anti-système… l’idéologie d’extrême droite ne constitue visiblement plus un repoussoir suffisant pour les électeurs et électrices de notre pays. 

Mais pour comprendre l’omniprésence des idées d’extrême droite dans le débat public, il faut également s’interroger sur l’agenda politique et médiatique de notre pays. Pas une semaine ne passe sans que l’extrême droite n’y impose ses thèmes ou ses idées en trouvant dans les médias une tribune permanente. Le racisme y est décomplexé, assumé, diffusé comme on a encore pu le constater à la une de Valeurs Actuelles, qui est allé jusqu’à caricaturer une députée de la Nation en esclave en raison de sa couleur de peau. 

L’actualité de ces derniers jours autour de l’acte terroriste, qui a enlevé la vie de l’enseignant Samuel Paty, conduit le pays vers un débat extrêmement violent qui place au cœur des échanges le sujet du séparatisme et de la laïcité. Tous les amalgames de l’extrême droite s’immiscent dans les discours, avec notamment des « experts » des chaînes télévisés qui vont jusqu’à sommer les musulmans de s’excuser pour les actes d’un islamiste ou des musulmanes de retirer leur voile en guise de solidarité.

Face à cette confiscation brutale du débat public, il est urgent de développer un outil permettant de mener une bataille idéologique d’ampleur pour sortir des combats de slogans et aller vers une déconstruction idéologique et argumentée du discours.

Même si l’actualité nous y engage, combattre l’extrême droite ne se résume plus à mener la lutte sur le thème absolument central de l’anti-racisme, mais bien sur toutes les thématiques qu’utilise cette idéologie pour propager son discours (égalité femmes-hommes, services publics, industrialisation, travail, santé, culture, sécurité, absence de positionnement sur les questions sociales telles que la loi retraites, les conséquences du confinement …).

Combattre l’extrême droite c’est se plonger dans une nébuleuse de groupuscules, plus ou moins identifiés, qui promeuvent la haine et se livrent à des actions violentes comme le GUD ou Génération Identitaire. Des groupuscules rendus chaque jour plus visibles par leurs actions de vandalisation et leurs contre-manifestations face à des mouvements tels que Black Lives Matter. 

C’est aussi refuser que la dénonciation morale de l’extrême-droite ne serve qu’à faire le lit de l’alternative délétère entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

C’est bien pour toutes ces raisons, que l’ONED, collectifs de syndicalistes, militant.e.s politique, chercheurs et chercheuses, scientifiques, journalistes, élu.e.s, citoyen.ne.s, crée cet Observatoire National de l’Extrême Droite. 

Pensé comme un outil d’observation, de décryptage et de déconstruction de ce courant de pensée, outil qui s’inscrit, dans un souci de rassemblement des initiatives, dans le prolongement de nombreux travaux préexistants de journalistes, d’intellectuels, syndicalistes, ou encore politiques.

Suite au lancement de l’Observatoire mi-octobre, de nombreux citoyen.ne.s à travers toute la France ont proposé leur aide. L’Observatoire a ainsi rapidement lancé une antenne sur son site internet de « vigilance citoyenne » sur lequel toutes et tous peuvent proposer de s’engager au sein de l’ONED. 

Cette action permettra à l’Observatoire de décliner son travail en observatoires régionaux de l’extrême droite, pour être au plus près des territoires et coller aux réalités quotidiennes de l’exercice du pouvoir par ses représentants élus.

L’objectif de cet observatoire est de mettre sous surveillance l’extrême droite (dans toutes ses composantes), accumuler des données, analyser, confronter son discours et les pratiques locales, pointes les incohérences entre discours et prises de positions.  

Cette démarche pluraliste est ainsi ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitent s’engager dans cette démarche.

Pour sa première année d’existence, l’Observatoire s’est fixé une feuille de route articulée autour de plusieurs thèmes, qui sont désormais répartis en groupes de travail et accompagnement d’initiatives locales : 

      Mettre sous surveillance de l’extrême droite afin de faire un travail précis et scientifique de recueil de données

      Dresser la cartographie de son implantation, identifier ses réseaux et ses modes de financements  

      Évaluer l’impact de l’extrême droite sur les politiques publiques lorsqu’elle est au pouvoir

      Proposer des boîtes à outil, des argumentaires et des formations pour déconstruire les idées d’extrême droite

      Organiser la riposte sur les réseaux sociaux pour démonter les mensonges et opérations de désinformation. 

      En période électorale : proposer une grille de lecture des positions locales prises par l’extrême-droite, une analyse programmatique des candidat.e.s d’extrême-droite, afin de démontrer auprès des électeurs et électrices les incohérences entre discours et programmes.

Pour en lire plus sur les travaux de l’Observatoire et retrouver la composition du conseil d’administration de l’association, rendez-vous sur le site internet : https://observatoirenationalextremedroite.wordpress.com/conseil-dadimistration/

Joséphine Delpeyrat et Thomas Portes 

2 réponses

  1. D’accord avec cette analyse. Toutefois, et en plus, je pense qu’au delà de la nécessité de débusquer en permanence l’extrême droite et ses « idées » il ne faut en aucun cas négliger, « vu l’urgence », le long, patient, convaincant travail sur les valeurs (je ne les cite pas, nous les connaissons et les vivons). Ces valeurs sont à développer, bien sûr, dans le système scolaire, de la maternelle à l’université non par injonctions abstraites mais concrètement. Par ailleurs n’oublions pas qu’un des lieux majeurs de construction active des idées et comportements solidaires a été (oui, hélas, j’emploie le passé) l’omniprésence des organisations progressistes (Syndicats, partis, associations) dans tous les recoins du territoire. Ce maillage est en miettes. Cependant de nouvelles formes associatives plus transversales ont commencé à prendre le relais. C’est un plus tout à fait prometteur, pas un remplacement. Amitiés à Elsa et Clémentine pour leur action.

  2. christian six dit :

    Nous ne devons pas nous laisser envahir par l’idiotie et la démagogie. Je trouve cet observatoire plus qu’utile et indispensable. Quel moyen avons nous d’y contribuer ?
    Bravo !

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