Diane Meur, Sous le ciel des hommes

Au sein du grand-duché d’Eponne, la vie ressemble tristement à nos temps présents. C’est qu’à la dystopie, Diane Meur n’emprunte qu’un décor imaginaire. Dans son récit s’accumulent des scènes banales du commun des mortels. Les personnages attachants ne se débattent contre aucun autre adversaire que leur quotidien, leurs métiers, leurs parcours et finalement la normalité éreintante de notre société moderne. Militants associatifs, migrants en exils, musiciens, journaliste, cadre sup, femme de ménage apportent par leur diversité de multiples point de vue qui dessinent habilement une fresque sociale. 

En ne se lançant pas dans une entreprise épique, le roman raconte l’intimité de tant de femmes et d’hommes dont les grands discours du siècle gomment l’humanité, les doutes, les chagrins et les joies. Et quand certains de ses personnages décident d’écrire un pamphlet sur la déraison capitaliste, difficile de déceler qui de la description de leurs réalités ou des extraits dudit pamphlet (parsemés dans le livre) est le plus virulent contre l’oppression du monde établi. 

Dans son roman, Diane Meur rappelle ainsi la formidable capacité de la littérature à inventer le réel. Elle y démontre aussi avec intelligence ses convictions politiques savantes sans donner l’impression de les imposer au lecteur. Dans la distance entretenue avec la narration, dans l’immersion des psychologies de ses personnages, elle fait ressortir la plus belle politique, celle du vivant, du flot envahissant des contraintes qui constituent nos quotidiens et qui sous leur trompeuse apparence naturelle révèlent la drôle de morale du monde d’aujourd’hui. Reste à remonter le courant, message énigmatique de l’auteur que saisiront les lecteurs de ce beau récit.

Paul Elek

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