Ouïghours : les mots ne suffisent plus 

Cela fait maintenant des années que les faits sont connus : les Ouïghours, une minorité ethnique et culturelle de la République Populaire de Chine ploie sous le joug d’une oppression inouïe déployée par le pouvoir de Pékin. Les méthodes employées font froid dans le dos alors que le régime a recours à des campagnes de stérilisation forcée, que des camps de travail aux dimensions titanesques sont disséminés dans tout le Xinjiang et que des « grands frères » et « grandes soeurs » sont envoyés dans les familles pour surveiller les faits et gestes de chacun. Ainsi le simple fait de posséder un Coran, de ne pas boire d’alcool ou de posséder un bien qui renvoie à la culture ouïghoure, pourtant millénaire, est passible des plus lourdes sanctions, pouvant aller jusqu’à la déportation voire, au delà…

Cela fait plusieurs années que la diaspora tire la sonnette d’alarme. Les intimidations et autres menaces ont aussi lieu sur notre territoire : appels téléphoniques anonymes, pressions sur les familles restées au Xinjiang… Cette politique macabre a longtemps été un angle mort des discours des chancelleries occidentales. La Chine la dissimilulait en effet derrière une prétention à lutter contre le terrorisme islamique. Cependant, les lanceurs d’alerte, les organisations internationales et les associations d’Ouïghours ont aidé à peu à peu lever le voile sur cette sinistre réalité.


Les profiteurs sont nombreux à tirer leur épingle du jeu : Adidas, Apple, Microsoft, Puma, Zara… et tant d’autres, en tout au moins 83 multinationales au moins, sont accusées de tirer un profit direct des camps de travail forcé, où sont produites leurs marchandises à un prix défiant toute concurrence. 

C’est à ce titre que la France, l’Union européenne et tant d’autres peuvent agir. Bien sur il faut dénoncer avec force cette opération d’épuration ethnique qui ne dit pas son nom, mais les mots ne suffisent plus. Nous devons attaquer directement les entreprises qui tirent un bénéfice de ce travail forcé, interdire la vente sur notre territoire des biens produits en violation complète du droit international et humanitaire. C’est pourtant là que le bât blesse : interpellé depuis plusieurs mois, le gouvernement se borne à demander l’envoi d’inspecteurs sous mandat de l’ONU pour attester de la véracité de ces pratiques. C’est à croire que le Quai d’Orsay ignore que la Chine est membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, ce qui lui permet de bloquer automatiquement toute velléité allant en ce sens en usant de son droit de véto, sans fournir aucune justification. 

Ces appels incantatoires ne servent à rien. Il faut dès maintenant adopter un régime de sanctions fortes contre les groupes qui tirent profit des 27 usines situées dans la région. Cela ne suffirait toujours pas à régler le problème, mais ce serait enfin un engagement tangible de notre pays, un signe envoyé à la diaspora que nous traitons la question de droits humains avec tout le sérieux qu’elle mérite. Car pendant que nos ministres brassent de l’air, c’est un patrimoine culturel qui se meurt et un peuple que l’on opprime, assez d’indifférence, place aux actes.

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

 

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