Le nouvel esprit du salariat de Sophie Bernard

Dans son ouvrage Sophie Bernard s’intéresse aux dynamiques à l’oeuvre dans le monde du travail qui viennent redéfinir les frontières et la réalité du salariat. L’ouvrage repose sur un impressionnant travail d’enquête dans différents secteurs et de très nombreux entretiens. Au coeur de ses préoccupations l’on retrouve le “salarié actionnaire”, le “salarié méritant” et le salarié “quasi-indépendant”. Ces idéaux-types s’attachent  à décrire des expériences du travail produites par les réorganisations du travail. Elles se fondent sur des conditions particulières d’exercice de l’activité comme sur des mécanismes de rémunérations. 

Le chapitre sur le “salarié actionnaire” est une plongée dans les dispositifs de participation salariale et les possibilités ouvertes dans certaines entreprises de recevoir un intéressement en lien avec le chiffre d’affaire. Sophie Bernard y décrit les rapports que les salariés entretiennent avec ces sortes de rémunération, les stratégies qu’ils emploient pour en tirer des bénéfices. Elle révèle ensuite comment ces participations permettent surtout aux directions de s’assurer l’investissement de salariés et de les lier aux objectifs de l’entreprise. Un piège qui se referme particulièrement sur les employés en période de crise. Dans celui sur le salarié “méritant”, elle y analyse les éthiques méritocratiques qui se forgent dans l’expérience de l’individualisation de la rémunération et de l’obtention de parts variables ou autres systèmes de prime. Malgré l’adhésion forte des salariés à la valorisation du “mérite”, la sociologue montre plutôt que ces systèmes de rémunérations variables produisent et renforcent des inégalités sociales et genrée, participant de nouveau à la modification des logiques existantes préalablement au sein du salariat. Enfin, dans la dernière partie, au travers de l’exemple des vendeurs et représentants de commerce, elle explore les réalités de travail de ces salariés quasi-indépendants qui bénéficient d’une très large autonomie. Malgré les tentatives de contrôle de la direction, cette expérience particulière du travail salarié révèle une nouvelle fois l’hétérogénéité de la condition salariale et le désir de n’être tributaire de personne dans son travail chez certains salariés.

L’ouvrage offre des perspectives intéressantes pour saisir les évolutions et tendances qui écrivent une nouvelle expérience du salariat et peut-être un “nouvel esprit” qui le traverse. Assises sur un recours puissant à l’empirie, les réflexions de Sophie Bernard plairont à celles et ceux qui s’intéressent au monde du travail et à l’histoire longue du salariat. 

 

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