Un pays qui se tient sage de David Dufresne

« Ne parlez pas de répression, de violences policières, c’est inacceptable dans un Etat de droit ». En mars 2019, alors qu’un vaste mouvement populaire secouait la France depuis presque 5 mois, Emmanuel Macron niait le réel avec un aplomb désarmant. Le film de David Dufresne c’est le retour du réel, 1h26 de réel en pleine gueule.

Plutôt qu’une suite d’interviews, le réalisateur choisit de faire dialoguer les intervenants sur des sujets aussi vastes que la légitimité/légalité de la violence ou  la démocratie. Le film alterne donc sobrement, échanges entre sociologues, historiens, gilets jaunes mutilés, représentants syndicaux de la police, et les images brutes. Parfois, les intervenants y sont confrontés comme le spectateur l’est, sur grand écran. Une main arrachée n’est plus seulement une petite image mal pixelisée, le cri d’une manifestante tabassée ne peut plus être diminué par un bouton de volume. Impossible d’échapper au réel. Il reste une seule solution, fermer les yeux et les oreilles comme le font tous ceux qui nient l’évidence. Le documentaire se passe de musique. Les mots et les images sont suffisamment brutales. Elles retournent le bide, serrent la gorge, font monter la rage mais déclenchent aussi des rires nerveux face à tant d’aberrations.

Après 1h15 de réel brut et direct, il paraît peu probable que l’on puisse encore nier les faits. C’est le moment que choisit David Dufresne pour sortir les chiens de garde. C’est alors le grand ballet de la caste d’éditocrates et de pseudo-journalistes qui affichent clairement leur soutien au système tel qu’il est. Ces femmes et ces hommes assènent les coups de matraque médiatique depuis leurs plateaux télé. Le contraste entre leurs mots et les images les font apparaître définitivement comme les défenseurs de l’ordre établi (saccager le Fouquet’s sera toujours plus grave à leurs yeux qu’une main arrachée).

Le réel fait mal, comme la matraque qui s’abat sur les cervicales de cette gilet jaune. C’est cette dernière qui dépassera la question centrale de la violence physique. C’est elle qui rappellera l’extrême violence des mots et des décisions politiques.

Macron, les médias, le Préfet Lallement exercent une violence symbolique qui humilie, blesse et invisibilise. Les politiques néolibérales conduites à marche forcée sont violentes lorsqu’elles font dormir les gens dehors, les font avoir faim, les angoissent car ils « sont dans le rouge dès le 10 du mois » … Pour beaucoup, la raison première de leur besoin de manifester c’est bien cette violence qu’ils subissent chaque jour depuis des années. Les images peuvent être l’être, mais il n’y aura rien de plus dévastateur que la prise de parole de cette gilet jaune qui transcrit ce qu’est la violence de son quotidien. 

Cassandre Solon

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