Testez moi… oui mais pas trop vite 

Alors que nous étions encore confiné.e.s, beaucoup s’essayèrent à interroger le gouvernement sur sa stratégie de test en vue du déconfinement. Journalistes, parlementaires, citoyens posaient une question d’autant plus légitime que dès le mois de mars, l’OMS insistait sur ce simple message : testez, testez, testez !  Pourtant Emmanuel Macron, dans la foulée « des masques inutiles en population générale », répondait que le test massif « n’aurait aucun sens », arguant que ce serait comme partir à la pêche. C’était en avril 2020, un mois après le début du confinement, les réanimations étaient alors proche de la saturation, les labos pharmaceutiques se tiraient déjà la bourre sur la vente d’un futur vaccin mais le Président nous rassurait aussitôt : « toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée.»

On a beau ne pas avoir une immense confiance dans ce gouvernement, particulièrement en ce qui concerne la santé, surtout quand il continue de fermer des lits mais franchement après plus de 32000 morts, 5 mois pour préparer l’automne, on pouvait estimer qu’il n’était pas fou de croire à cette phrase ! 

Eh bien voici ce que nous disait il y a quelques jours Olivier Véran Ministre de la Santé : 

 « Une personne qui est symptomatique, une personne qui est cas contact, doit être testée dans l’urgence. Hors de question qu’elle se fasse refouler d’un laboratoire […] parce qu’il n’y aurait pas de place. Ce n’est pas possible. Là-dessus, nous allons encore davantage travailler […] parce que je considère […] que c’est anormal ». 

Vous le sentez le malaise ? Normal. 

La réalité c’est le manque de personnel, des délais de plusieurs jours pour obtenir un rendez-vous, des fils d’attente à rallonge sur les trottoirs des laboratoires qui prennent sans rendez-vous, résultats d’examen jusqu’à 7 jours, rupture d’approvisionnement de réactifs. Pour avoir expérimentée récemment en tant que « personne partageant le même lieu de vie qu’un cas suspecté  de Covid »,  je peux ajouter qu’une bonne partie des laboratoires signalés sur le site de l’ARS ont tout simplement arrêté les tests PCR, tant les résultats se faisaient attendre. En passant les trop nombreux coup de fils pour trouver un médecin dans la journée puis un labo qui accepte un cas symptomatique, j’ai pensé à toutes les personnes qui n’ont qu’un téléphone portable à carte rechargeable, nombreuses dans les quartiers populaires. Puis plus généralement, j’ai pensé à l’enfer bureaucratique des gens modestes. Comment ne pas comprendre la défiance qui s’installe face à la défaillance de nos institutions à fournir des services à la population sans promettre un parcours du combattant éreintant. Cette difficulté d’accès n’est pas neutre, elle est discriminante, épuisante et révèle comment le bien public est un combat à mener. Notre santé ne devrait pas faire les frais de leur incompétence.

Elsa Faucillon

 

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