Réforme de l’assurance chômage : Énième cadeau aux patrons du quinquennat Macron

Assistés, fainéant, profiteurs… autant d’adjectifs que la droite et ses alliés centristes se sont acharnés à coller sur les millions de français au chômage. Et la présidence Macron n’est pas en reste pour accentuer cette rhétorique immonde. Le Gouvernement d’Edouard Philippe avait engagé la réforme de l’assurance chômage, celui de Castex terminera la basse besogne.

La mise en place se fait en deux temps : en novembre 2019, les premières mesures prévues par la réforme sont entrées en vigueur, ils s’agit des nouveaux critères d’accès : la durée minimale de travail pour accéder à l’assurance chômage et l’ouverture des droits aux salariés démissionnaires et aux travailleurs indépendants. Le second volet de la réforme, qui devait normalement entrer en vigueur en septembre 2020, a été repoussé à janvier 2021 à cause de la crise sanitaire. Celui-ci concerne le changement du mode de calcul de l’allocation chômage et le bonus-malus sur les contrats courts. 

Par cette réforme, le gouvernement promet une assurance chômage « plus juste ». Evidemment il n’en est rien. Décryptons les modifications qu’elle induit : 

Nouveaux bénéficiaires de l’assurance-chômage. Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, l’ouverture des droits aux allocations chômage pour les salariés démissionnaires et les travailleurs indépendants est évidemment limitée par des conditions strictes. Le salarié démissionnaire devra compter au minimum 5 ans d’ancienneté dans son entreprise et avoir un projet de reconversion professionnelle dont la faisabilité est évaluée par une commission paritaire interprofessionnelle. Le travailleur indépendant aura quant à lui le droit à 800€ par mois pendant six mois en cas de liquidation judiciaire, mais devra avoir exercé son activité professionnelle durant au moins deux ans et avoir généré un revenu minimum de 10 000€ par an sur les deux dernières années avant la liquidation. Ces nouveaux bénéficiaires sont donc loin d’être assurés d’avoir accès au chômage… 

Modification de la durée minimale de travail pour accéder à l’assurance-chômage. Avant la réforme, 4 mois de travail sur les 28 derniers mois suffisaient pour ouvrir des droits à l’allocation chômage d’aide au retour à l’emploi. Désormais, la réforme exige au moins 6 mois de travail sur les 24 mois précédant la fin du dernier contrat. Cette modification a le mérite de ne pas cacher ce qu’elle est véritablement : un durcissement de l’accès à l’allocation chômage ! Le rapport de l’Unedic de mai 2020 fait ainsi état de « 20 000 rejets d’ouvertures de droit par mois pour cause d’affiliation insuffisante ». Depuis la mise en place de cette mesure, ce sont donc 6 chômeurs sur 10 qui ne sont pas indemnisés.

Bonus-malus pour les entreprises. Ce système sera instauré dans les entreprises de plus de 11 salariés dans sept secteurs qui généralisent les contrats précaires. Il doit, de façon différentiée selon les branches, pénaliser les employeurs qui abusent des CDD hyper précaires de quelques jours ou d’un mois, en augmentant leurs cotisations à l’Unedic. On sait comme le système de bonus-malus est dissuasif… il est à craindre que cette mesure soit totalement inefficace ! 

Nouveau mode de calcul des indemnités. Cette modification est l’application concrète du principe « à travail égal, allocation égale » : le salaire journalier de référence qui détermine le montant de l’allocation chômage ne sera plus calculé en divisant les revenus par les seuls jours travaillés au sein de la période d’affiliation, comme c’est le cas actuellement, mais par le nombre total de jours travaillés ET chômés entre le premier et le dernier contrat pris en compte. Une mesure qui va dangereusement amoindrir le montant des allocations. Pour les intermittents de l’emploi par exemple, qui sont extrêmement précaires parce que leurs métiers imposent la succession de contrats courts, cela pourrait baisser de 50% leur allocation !

Cette réforme arrive après des années de propagande néolibérale s’acharnant à dépeindre les chômeurs comme les responsables de nombreux maux dans notre société. Le régime d’assurance chômage créé en décembre 1958 est pourtant un droit, un dû pour lequel les travailleurs cotisent. Il est ainsi normal que les travailleurs ayant perdu leur emploi y ait accès. Mais des années à nous asséner que les « le droit au chômage n’incite pas à la reprise d’emplois » ont bien réussi à persuader la plupart du contraire. 

Et pourtant non, les chômeurs ne sont pas des assistés. Pour rappel, en 2019 seulement 40 % de l’ensemble des inscrits à Pôle Emploi sont indemnisés. Et en ce qui concerne le niveau de leur indemnisation, 50% des chômeurs indemnisés touchent une allocation de moins de 1500€ net par mois.

A travers cette réforme, le gouvernement marque bien son mépris pour cette main d’oeuvre qui ne participe pas à la production effrénée d’une croissance érigée en totem. Il met tout en oeuvre pour forcer au retour à l’emploi. Les conséquences de la nouvelle assurance-chômage vont pourtant être mortifères : le durcissement de l’accès à l’allocation chômage impactera négative 10 000 personnes en année pleine. Et la modification du calcul du salaire journalier de référence impactera négativement 850 000 personnes.

Un seul objectif donc : affamer les chômeurs pour qu’ils acceptent n’importe quel job, même les plus merdiques, les plus mal payés. Une main d’oeuvre plus docile, terrifiée à l’idée de perdre son emploi… c’est bien ça l’ambition de cette réforme ! Un paradis pour les patrons néolibéraux et le retour à l’aiguillon de la faim qu’évoquait Marx.

Cassandre Solon

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