David Graeber, Bullshit Jobs

David Graeber nous a quitté le deux septembre dernier. Anarchiste de conviction, cet infatigable anthropologue voulait dans ses contributions bouleverser nos préconceptions sur des thèmes aussi divers que la dette, la bureaucratie ou le travail. 

Son livre Bullshit Jobs (les “jobs à la con”), faisait suite à un article sur le même thème qui avait soulevé l’indignation. Le bullshit job c’est un emploi, futile, ou néfaste dont le propriétaire connaît cette triste réalité mais fait semblant de l’ignorer pour jouer le jeu du contrat salarié et recevoir sa paye. En voulant avancer, qu’une part grandissante des emplois occupés sont des jobs à la con ou qu’une part importante des autres emplois sont en proie à un processus de bullshitisation, il avait provoqué une esclandre. Le capitalisme pourrait-il payer des individus à ne rien faire ou pour remplir des tâches inutiles ? 

Dans son essai qui s’appuie autant sur certaines enquêtes statistiques que des milliers de témoignages dans de nombreux pays, David Graeber veut en faire la démonstration. L’exposé au ton parfois ironique et narquois de l’auteur se propose alors de classer les types de bullshit jobs, d’essayer d’avancer des hypothèses à leur condition d’existence. Se faisant, David Graeber en vient à questionner le sens du travail, de sa rémunération et des conditions invivables auxquels il peut donner lieu. Remarquant que plus une profession est utile moins elle est rémunérée, à l’image des professions du “care” (les infirmiers, professeurs, aides à domicile…) ou que les tâches bureaucratiques envahissent toutes sortes de métiers (du professeur d’université au personnels de santé), le penseur anarchiste se demande comment renverser la tendance et rompre avec des visions de la valeur du travail héritées pour lui autant de la théologie religieuse qu’à l’organisation sociale de la féodalité. Le phénomène de bullshitisation du travail serait finalement l’aboutissement de ces puissantes conceptions mises au service des intérêts du capitalisme. Pour ceux qui rêvent de réorganiser l’activité humaine autrement, ce livre sera sans doute une contribution utile, agréable et accessible.

Une réponse

  1. Clause Alain dit :

    tout à fait d accord un nombre de plus en plus important de bureaucrates inutiles empêche les productifs d’être productifs
    en vivant sur la peau de la bête

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