Clémentine Autain a lu Barbara Stiegler

Après « Il faut s’adapter », ouvrage dense et théorique sur le néolibéralisme, Barbara Stiegler nous offre un court essai intime et politique. La philosophe nous amène à suivre son propre parcours, celui d’une enseignante à l’université de Bordeaux qui s’engage aux côtés des gilets jaunes et s’investit dans le mouvement social dans le supérieur. Au fil de son récit, le carcan néolibéral est dénoncé et les façons de s’engager pour l’affronter sont interrogées. L’enfermement dans les normes néolibérales nous concerne, nous atteint toutes et tous, et pas seulement de grands groupes économiques lointains.

C’est un enjeu de temps et d’espace qui s’insinue dans nos choix quotidiens, nous dit Barbara Stiegler : « La réalité, c’est que le néolibéralisme se joue d’abord en nous et par nous, dans nos propres manières de vivre. Que ce qui est en cause, c’est bien nous-mêmes et notre intime transformation ». Faire grève modifie la réalité de cette intellectuelle qui, d’ordinaire, vit essentiellement au milieu des livres, dans la solitude de l’écriture. Cette expérience la conduit à interroger les formes de mobilisation : « Qu’entre le Lider maximo ou le chef charismatique qui, depuis la tribune, entraîne ses masses idolâtres vers la Révolution, et ces assemblées générales horizontales, où tous se tiennent sagement en rang, inscrits à l’ordre de parole et bridés par les carcans des « règles de l’AG », il doit exister d’autres voies où pourraient s’entremêler le conflit de puissances, le tragique de l’éducation et la réinvention de la démocratie ». En attendant, Barbara Stiegler appelle à mettre le cap sur la grève, comme une suspension dans un monde qui appelle à ne jamais arrêter, et émet 11 thèses, en référence à celles de Feuerbach de Marx. Ce qui se dégage, c’est un appel à réinventer.

Clémentine Autain

Barbara Stiegler, Du cap aux grèves. Récit d’une mobilisation 17 novembre-17 mars 2020, Verdier, 135 pages, 7 euros.

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