Malheurs Factuels

Valeurs Actuelles, geignard hebdomadaire de la droite fascisante, s’est une nouvelle fois roulé dans la fange abjecte du racisme. Incapable de se confronter à un réel qui ne sied pas à la délusion(1) que vivent contributeurs et lecteurs de ladite publication, un journaliste écrivant sous le pseudonyme d’Harpatus a emprunté à la fiction pour étaler sa fantasmagorie haineuse. Après les feuilletons sur Didier Raoult pendant la première guerre mondiale ou François Fillon sous la Révolution, la dernière rubrique “politique-fiction” du brûlot s’attaque à la députée Danièle Obono, cible récurrente de la fachosphère. Racontars délirants, les quelques pages d’“Obono l’Africaine” offrent à voir l’intensité du négationnisme colonial des mufles de la publication. 

La chronique est accompagnée d’images représentant la députée dévêtue et enchaînée, victime selon les canons de l’extrême-droite d’une mise en esclavage par des africains, noirs comme arabes. Sous les faux airs d’un roman, l’esprit est abject. Couvrant de sarcasmes les combats que mène la députée en France, la rédaction enchaîne les stéréotypes et lieux communs racistes au travers du parcours de cette dernière au sein de cette vision sinistre : polygamie, mutilation corporelle, libération par l’homme blanc… Sous les effets de manche moqueurs sur la négritude et sur Christiane Taubira, transpire la rage fielleuse, destin de ceux qu’une culpabilité mal acceptée de l’Histoire tend à figer dans la fragilité vexatoire. La fiction délirante ne parvient pas tout de même  à effacer pour le lecteur avisé le rôle primordial du monde blanc dans la traite négrière et le ridicule reprend ses droits une fois chassé l’abject que procure une première lecture. 

Qu’ont-ils contre Danièle Obono ? A priori sa couleur de peau mais plus encore, sans doute, son infatigable combat contre les faux récits et ce qu’elle écrit de l’Histoire du combat pour l’égalité. Qu’ont-ils contre la fiction ? Probablement l’illusion qu’en s’en revendiquant, s’oublierait le rôle éminemment politique que joue la publication dans la radicalisation du discours raciste à droite et par là-même, la responsabilité de leur propos. Tout peut s’écrire, tout ne s’entend pas. Une fois n’est pas coutume, la condamnation de la classe politique a été quasi-unanime, allant jusqu’à l’Elysée. Le Président, dans sa recherche d’un électorat bien à droite, n’avait pourtant pas hésité à accorder un entretien en octobre 2019 à cette feuille de chou. 

Acculé par l’indignation générale qui atteste, pour une fois, d’une certaine lucidité sur l’état du racisme en France, Valeurs Actuelles s’est fendu d’une grossière lettre d’excuse : tout en se refusant d’admettre une faute, dans sa grande mansuétude l’hebdomadaire regrette que la fiction ait pu blesser la première concernée. Au même moment, Geoffroy Lejeune, le triste paltoquet à la tête de sa rédaction se pavanait sur certains plateaux défendant sensiblement le même message. Le trouble compulsif de l’extrême-droite française est un dangereux enjeu de notre devenir collectif. Dans sa fiction raciste comme dans ses spécieuses excuses, l’hebdomadaire qui se vante de “marcher à rebours du temps” ne pourra se tirer d’affaire tant que persisteront celles et ceux qui portent la mémoire et le combat des malheurs factuels de notre histoire commune.

Paul Elek

 

(1) La délusion est une croyance que la confrontation avec les faits ne peut dissoudre

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