Comment saboter une pipeline ? Andreas Malm

Sous le titre provocateur, le dernier livre de Andreas Malm est une réflexion stratégique puissante pour la période. Sorti aux éditions La Fabrique, au début de l’été, cet ouvrage court et au style agréable vient questionner le mouvement climat et sa stratégie, au moment où la propagation de la Covid-19 a mis temporairement en pause, les démonstrations de sa montée en puissance dans certains pays et en particulier dans le monde occidental, cible du propos de l’auteur. 

Au coeur de sa réflexion un paradoxe apparent : alors que le mouvement général et ses actions, au sein du centre développé du capitalisme, semblent avoir pris le parti pris de la non-violence, permettant un certain développement ces dernières années, l’objectif à atteindre est marqué du sceau de l’urgence, du manque de temps pour agir. Au sein de cette opposition apparente, Andreas Malm réfléchit à une résolution de la contradiction en prenant soin d’éviter des propositions aussi caricaturales qu’inefficaces : celle l’action violente pour l’action violente et son lot d’isolement, celle de l’idéalisation de la non-violence comme solution historiquement démontrée comme efficace. Finalement, sa proposition questionne plutôt comment mener de front une bataille pour l’hégémonie qui agrège à l’échelle de masse tout en anticipant une proposition radicale, une vitesse supérieure qui pourrait s’avérer plus que nécessaire face à l’échec des négociations climatiques et la résilience des bureaucraties capitalistes face aux mobilisations citoyennes. 

Andreas Malm reprend des exemples historiques de mobilisation pour les délivrer des mystifications historiques que des adeptes trop scrupuleux de la non-violence montrent du doigt. Des suffragettes qui brisaient les vitrines, aux émeutes jalonnant l’Inde Coloniale ou l’Amérique de Jim Crow, le complexité du processus politique de contestation est moins doucereuse que le récit dominant le voudrait. N’a-t-on pas régulièrement besoin d’un flanc radical qui fasse apparaître, par contraste, le caractère raisonnable des revendications portées par le plus grand nombres ? Pourra-t-on se passer des énergies carbonées sans s’attaquer aux infrastructures polluantes, à commencer par les pipelines et autres installations pétrolières qui continuent de se multiplier malgré l’ultimatum posé pour la planète ? Quelle solution face à la résistance des intérêts privés et l’inaction politique organisée par les dirigeants des démocraties libérales ? 

Dans cette période de retraite forcée, le mouvement climat, dont Andreas Malm est un partisan ardent, doit se poser des questions fondamentales. Sa contribution est sans aucun doute d’un intérêt stratégique incontestable. Militant motivé, Andreas Malm réfléchit sans désespérer, c’est déjà beaucoup dans la période.

Paul Elek

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :