La crise qui vient est déjà arrivée

Depuis la période de confinement, le spectre d’une crise économique majeure hante les annonces politiques. Sans la répétition d’un scénario où le krach boursier est suivi d’une tempête financière qui emporte banques et compagnies les unes après les autres, l’étrange crise semble suspendue, décalée à la rentrée. En tout cas, il en est ainsi sur les lèvres des commentateurs qui “anticipent” avec les “économistes”, “les experts” et tous les sachants préposés à la narration officielle de notre devenir commun. Derrière le strass et les paillettes d’un remaniement qui se laisse faussement désirer, les faits ne mentent pas : la crise est déjà là. 

Les licenciements arrivent en masse. Quiconque procède au triste travail de recouper les informations et les brèves ici et là, réalise que les annonces gouvernementales sur la sauvegarde des emplois menacés sont de l’histoire ancienne. TUI, Renault, Mercedes (Daimler), Airbus, Cristal Union, Péters Surgical Borg Warner, Air France, Sanofi, ça se bouscule au portillon pour jeter des salariés à la porte. Derrière ce cortège, il faut rajouter les anonymes de l’armée de sous-traitance des mastodontes, celles et ceux de la restauration et de tous les autres secteurs touchés. La faute au confinement ? À ce satané virus ? Décidément, les travailleuses et les travailleurs n’ont pas de chance ! 

Quand il s’agit de se délester de sa main d’oeuvre, ces grands groupes n’en sont pas à leur premier coup d’essai. C’est donc avec plaisir que j’ai le plaisir d’annoncer les nominations de cette année au grand prix des Patrons en or 2020. Dans la catégorie “Joue-là virtuel” sont nominés les groupes TUI et Uber qui ont annoncé sur Zoom procéder à des licenciements (respectivement 583 en France pour le premier et 3500 dans le monde pour le géant du véhicule privé). Dans la catégorie “Service rendu à la Nation”, Péters Surgical (fabricant de sondes de réanimation pour le milieu médical) qui va à se séparer de 60 salariés qui avaient travaillé sept jour sur sept pendant la crise sanitaire, sera opposé à Cristal Union qui ferme sa sucrerie en Eure-et-Loir. L’usine avait pourtant produit en urgence du gel hydro-alcoolique pendant le confinement mais la direction s’en lave les mains, qui a besoin de sucre ? Dans la catégorie “Dialogue Social”, c’est le géant allemand Daimler, propriétaire de la marque Mercedes, qui semble s’imposer en annonçant vendre le site de production de la Smart, en Moselle. Ses salariés, par référendum, avaient il y a quatre ans accepté de travailler 39h payées 37h en l’échange d’une garantie de conservation dans l’emploi. 1600 salariés sont désormais menacés. Dans la catégorie “l’État ne peut pas tout”, l’on retrouve comme chaque année, les géants français dans lesquels l’Etat possède non seulement des participations mais aussi pour qui il n’hésite pas à débloquer des fonds conséquents. En 2020, la bataille s’annonce serrée entre Renault et Airbus. Pour finir, dans la catégorie reine de cette compétition, Sanofi est pressenti pour recevoir le prix “Maître à profit” grâce à sa magnanime annonce de suppression de 1000 emplois malgré ses 34 milliards d’euros de bénéfices l’an dernier. 

Les fruits semés par le macronisme récoltent une dépression sans précédent. La comédie du dialogue social tourne d’ailleurs au tragique et la communication se brise sur le mur de la réalité. La voracité du capital ne peut être combattue par les bonnes volontés des salariés ou les incitations hypocrites de Bruno Le Maire. Le réalignement de la production vers nos besoins est incompatible avec la poursuite de la logique de profit et le pouvoir décisionnel des actionnaires. Vite le contrôle salarié !

Paul Elek

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