De droite et en même temps de droite

Emmanuel Macron nous avait habitués à de tonitruants coups de com’ pour mettre en scène les différents actes de son quinquennat. Il devait relever un défi de taille : apparaître disruptif dans la continuité. Mais le remaniement de ce début de semaine inspire plutôt le flop, on a envie de dire « tout ça pour ça » ! Le feuilleton a manqué d’un scénario habile. Après son adresse à la Convention Citoyenne sur le Climat et les élections municipales, Emmanuel Macron ne joue pas l’inflexion, le nouveau cap, l’acte trois. Péniblement il relaie l’idée d’un remaniement ministériel. La période de spéculation, de mystère qui précède une telle décision en est restée fade.

Deuxième étape, la nomination à Matignon de Jean Castex. Le nouveau Premier Ministre diffère d’Edouard Philippe sur deux uniques critères : il n’ a pas de barbe et manie un petit accent du sud, les moqueries qu’il suscite ne finiront pas de nous étonner ! Mais c’est bien un énarque de droite qui remplace un énarque de droite et l’on attend toujours l’effet de manche, le coup de poker mais toujours rien. En paradant dans toutes les institutions avant même son discours de politique générale, le nouveau “premier collaborateur” a rappelé à quel point sa confirmation devrait être une formalité. En 5ème République, la voix jupitérienne est une voie royale…

Le coup d’éclat ne vint même pas avec une composition spectaculaire du nouveau gouvernement. Le casting annoncé, ce que l’on savait se confirme : Emmanuel Macron est de droite et en même temps de droite. Ce nouveau gouvernement en atteste et confirme ce que l’on observait déjà dans les stratégies d’alliance de La République En Marche aux municipales : le Président sait que son avenir se joue à droite, dans l’électorat qu’il a patiemment arraché aux Républicains. Ce fil rouge assumé, le jeu des chaises musicales pouvait alors commencer. Barbara Pompili qui s’inscrivait déjà péniblement dans les rangs de la gauche du temps du quiquennat Hollande, sera donc préposée au greenwhashing. Après l’échec Castaner, l’Intérieur conservera un homme de droite, visé par une enquête pour viol, rouverte par la justice le 11 juin, l’Elysée ne semble pas inquiet. “Au demeurant, Gérald Darmanin est un excellent ministre” disait Nicole Belloubet avec la décence qui la caractérise. Roselyne Bachelot, passée de ministre chiraquienne à chroniqueuse sur D8 ou RTL s’installera rue de Valois. Eric-Dupond-Moretti, personnage grossier, violent contre la magistrature, virulent antiféministe deviendra Garde des Sceaux.

Prenons ce remaniement pour ce qu’il est : la préparation de 2022, un gouvernement dirigé Macron. Sarkozy en rêvait, Macron l’a fait, un quinquennat à droite a bien succédé à l’échec Hollande. Ce secret de Polichinelle n’aura enfin plus besoin d’emballage marketing.

Elsa Faucillon

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