Où va l’argent des pauvres ?

Ce livre est une pépite. La question posée dans le titre accroche d’emblée la curiosité : où va l’argent des pauvres ? Dans notre société, les catégories paupérisées sont sans cesse suspectées de « profiter » des allocations ou de « mal gérer » leur argent. « Si les usages que font les pauvres de leur argent font à ce point scandale, c’est qu’il s’agit de « notre » argent, le produit de « nos impôts » – le « nous » étant facilité ici par le flou de la contribution publique. (Cet argent) n’est pensé, souvent, que comme une sorte de prêt accordé par la société, la République, l’État ou les citoyens, prêt qu’il faudra rembourser et payer un jour ou l’autre et plutôt tôt que tard. Les plus riches peuvent bien faire ce qu’ils veulent de leur agent, il leur appartient pleinement, et libre à eux de le gâcher et d’en jouir comme bon leur semble. Les pauvres, non ! », écrit Denis Colombi. Le cheminement du sociologue permet de remettre les pendules à l’heure. Les pauvres doivent en réalité gérer l’ingérable. Ils le font avec une rationalité que l’essai met en lumière. C’est ainsi que ce qui peut apparaître comme paradoxal, une personne au RSA qui sort du supermarché avec un homard ou une famille essorée financièrement qui achète le dernier I-phone à l’un de ses enfants, se comprend à la lumière des logiques sociales à l’œuvre, et notamment la volonté d’inclusion par la consommation ou la conquête d’un plaisir suprême visant à compenser le régime quotidien de frustration et de privation. Denis Colombi montre également comment les riches profitent de l’argent des pauvres par une forme de business de la pauvreté, des crédits de type subprimesou revolving au prix exorbitant des logements petits ou insalubres. Tout au long de l’ouvrage, le sociologue puise dans le registre des références marxistes. La conclusion, relativement brève et insuffisante pour une proposition politique globale de lutte contre la pauvreté – mais ce n’est pas l’objet du livre -, a le mérite de poser quelques fondamentaux, parmi lesquels : pour lutter contre la pauvreté, il faut donner de l’argent aux pauvres. 

Clémentine Autain

2 réponses

  1. Priet dit :

    « pour lutter contre la pauvreté, il faut donner de l’argent aux pauvres » C’est tellement simple que les politiques n’osent pas le proposer. Sauf à lutter contre les vieilles idées archaïques je ne vois pas ce qui pourrait aller contre cette évolution nécessaire d’une démocratie qui par ailleurs semble essoufflée.

    merci

  2. Clause Alain dit :

    pour donner de l’argent aux pauvres ?
    il suffirait de créer de l’emploi pour ce qui concerne la France!

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