L’an vert du décor

Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots. Biodiversité, transition écologique, énergie renouvelable, émission carbonées. Combien de fois faut-il placer ces concepts dans un discours pour affubler son projet d’une prétention écologique ? Difficile à dire, mais le mieux reste d’organiser une belle mise en scène dans les jardins de l’Elysée avec cent-cinquante citoyens ayant planché sur le climat pendant près d’un an. Le discours de Macron tombait à point nommé en ce lendemain des élections municipales. En s’emparant de certaines grandes villes, à la faveur de l’abstention, les écologistes et leurs alliés de gauche pensaient planter le décor d’un nouveau paysage politique. En leur répondant indirectement, Emmanuel Macron assure en effet que pour le gouvernement, l’écologie restera un décor. 

Béatement applaudi, le Président a en vérité conservé ses dogmes sous les enluminures de circonstance. En annonçant reprendre 146 des 149 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, il a habilement évacué le gros du travail et du débat avec une rhétorique habituelle : nous avons déjà fait, nous ferons plus, faites confiance à l’action du gouvernement. Est-ce là le nouvel acte “vert” du pouvoir ? Sommes-nous condamnés à suivre dans les méandres de la vie parlementaire ce qu’il adviendra véritablement d’une somme importante des mesures proposées, avec bon sens, sur l’aménagement du territoire, sur la politique alimentaire, sur les transports ? Pire, que dire des mesures comme la taxe carbone aux frontières du continent qui rejoindront les limbes de la bureaucratie européenne et dont Emmanuel Macron assure qu’il se fera le parangon dans les prochains sommets ? Rendez-vous en 2021. L’Elysée veut en effet “laisser ouverte la possibilité de conduire dès 2021 un référendum sur la base de l’article 11 de la Constitution, sur un ou plusieurs textes de lois”. 

Malgré l’esbroufe sur l’essentiel du travail, entre les lignes, une vraie cohérence se dessine. Souriant à l’idée que la réduction du temps de travail fut évacuée avant le rendu final, le Président se félicite de pouvoir dire avec la Convention Citoyenne que “mettre l’écologie au coeur de l’économie” ne signifie pas “la décroissance”. Espiègle, il avance même que produire moins reviendrait à affaiblir notre modèle social et que les investissements dans l’hôpital seraient ainsi impossibles. Quel culot ! La taxe de 4% sur les dividendes distribués au-delà de 10 millions d’euros est elle évacuée d’un revers de manche, pour ne pas compromettre les investissements. Une défense de type ISF donc. Sur les 110 km/h, mesure peu coûteuse s’il en est, le débat est reporté, sans doute pour cause d’opinion publique défavorable. Quel courage ! La mesure déjà en application dans les Alpes-Maritimes n’a pourtant pas provoqué de révolution mais on ne sait jamais… Sur l’avion, la suppression de lignes dont il existe des alternatives en-dessous de 2h30 est préférée à celle en-dessous de 4h au nom de la nécessaire lutte contre l’enclavement des territoires. Le saviez-vous, un territoire enclavé respire grâce aux lignes aériennes ! 

Le message est donc limpide, l’écologie pour appendice peut-être, mais pas touche au grisbi. En marche pour le capitalisme vert. Reste à déterminer si les espoirs écologistes exprimés dans les urnes sont compatibles avec le monde dans lequel on continue de produire  et consommer autant et auquel Emmanuel Macron aspire.

Paul Elek

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :