Money, money, money 

Quand les bénéfices records du Cac 40 et les dividendes distribués sont publiés, à chaque fois, l’habitude rend difficile de maintenir l’indignation. La farandole des milliards avidement accaparés par l’oligarchie de ce pays semble s’inscrire dans un paysage inamovible. Un jour, on utilise les chiffres sur un plateau pour rappeler l’indécence de ces milliards qui s’évaporent. Le lendemain, on rappelle qu’ils finissent souvent dans les paradis fiscaux. Puis les nouvelles tombent et les Renault ou Sanofi de ce monde annoncent qu’ils licencient, qu’importe les aides de l’Etat ou les juteux bénéfices. Dans ce cycle effroyable, dur de ne pas se laisser enfermer dans l’impuissance. 

Le dernier rapport d’Oxfam est, comme à chaque parution, un révélateur de ce désespérant état de fait. Jour d’avant ou d’après, les extracteurs de profit tournent à plein régime et en dix ans, les mastodontes de l’économie française ont engrangé plus que jamais, doublant de 2009 à 2018 les dividendes versés. Le prélèvement sur chaque entreprise par les rentiers représente en moyenne 1,5 milliards par entreprise. Ce chiffre ne prend même pas en compte les revenus exorbitants que se versent les PDG. À Carrefour c’est 413 fois le revenu salarié moyen, à PSA 222, à l’Oréal 194. Se pourrait-il que dans le pays, où la droite et la macronie dénoncent à longueur d’antenne le poids de la fiscalité, on puisse tout de même faire de l’argent ? 

Cette année, l’Etat nous fait une fleur. Les entreprises dans lesquelles il possède des participations diminueront ou reporteront les dividendes. Au lieu des 60 milliards de dividende prévus pour le record de 2020, seulement 41 milliards à se mettre sous la dent. C’est presque la disette… Trêve de plaisanterie. Pour sortir du problème il ne suffira plus de seulement taxer les profits mais de questionner l’utilité de ces entreprises. Certaines comme Engie ou Sanofi pourraient être clefs dans les nouveaux dispositifs publics de la santé et de l’énergie, d’autres risquent de ne pas véritablement pouvoir en dire autant. Avec 36 degrés en Sibérie des derniers jours, les signes funestes de la crise climatique s’accumulent et nous demande de repenser intégralement production et consommation.

Une chose est sûre, il ne faudra pas compter sur les bonnes volontés. Comment pourrait-il en être autrement ? Il n’y a rien de raisonnable ou d’humain à accumuler compulsivement au détriment de celles et ceux qui s’évertuent à gagner leur vie comme l’on dit tristement. Chantage à l’emploi, accaparement redoutable, dictature du marché, notre siècle est parfois une caricature aggravée des intuitions de Karl Marx. Optimistes que nous sommes,  nous gardons à l’esprit que règne tout de même un parfum de fin de règne. Sous fond d’ébullition sociale, les repères de l’habitude s’effondrent sur la scène politique, à quand ceux du grand partage au sommet ?

Elsa Faucillon 

3 réponses

  1. Chapouil Alain dit :

    Pourquoi diable réserve-t-on le nom « oligarque » à des Russes. Nous aussi nous avons les nôtres, non?

  2. Goureil dit :

    Belle est juste analyses, révélation, indications, indignations mais aucune voie d’action pour le changement sans aller jusqu’à renverser la table; a ce rythme nous reverrons Macron en 2022

  3. Nouvier dit :

    Bon Alors on fait quoi? On range les égos et on la fait cette gauche unie? Assez d’entendre « Nous on veut bien; c’est les autres y veulent pas » Mentalité de cour de récré qui ouvre un boulevards à qui vous savez.

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