Danse avec la Justice

Les époux Balkany ont sans doute inventé l’outrecuidance. Ce week-end à l’occasion de la fête de la musique, ils ont prouvé une nouvelle fois leur talent inextinguible pour narguer la justice. Condamnés à des peines de prison ferme, ils avaient concocté une véritable tragi-comédie pour s’en sortir sans grand frais. Patrick a quand même fait trois mois à la Santé mais voilà qu’il la perd, ce qui entraîne alors sa libération tant l’inquiétude régnait autour de ce fieffé menteur. 

Puis, d’un pas délicat, presque oublié, l’indéboulonnable politicien de Levallois, désormais inéligible  pour dix ans a fait du Balkany. Le voilà qui apparaît dans une vidéo, sourire aux lèvres se lançant sur un rythme endiablé attestant d’une formidable santé. Dans son pull rose fluo et avec la perte de son embonpoint, Patrick pouvait-il renâcler à l’idée de défier la loi ? Isabelle, pas en reste, semble loin de sa tragique tentative de mettre fin à ses jours d’il y a quelques mois. Bras dessus bras dessous, avec des amis, elle se fend d’un étonnant déhanché, joviale. Moi qui avais toujours cru qu’avec eux ce serait soit la cabane soit la cavale, me voilà défait.  

Dans ce poster de choix en faveur l’évasion fiscale en France se joue un drame bien ordinaire. Quel que soit le mérite de nos institutions et de la Justice, notre société trébuche quand il faut traiter avec le pouvoir de l’argent. Certaines décisions, certaines lois semblent ne jamais atteindre véritablement celles et ceux qui ont les moyens de les outrepasser. Chez les Balkany, cette insouciance insolente n’est pas le fruit d’un hasard ou d’une indécence sociopathique. Isabelle et Patrick, c’est la conscience de la classe dirigeante sans surmoi, sans filtre, sans restrictions, un principe de plaisir absolu. Comment craindre la répression sans la supposer ? Du moulin de Giverny au riad de Marrakech, la vie vécue n’est pas celle de Bonnie and Clyde mais d’un couple ordinaire de notre haute société. Personne ne pourrait feindre à ce point la candeur. Si les Balkany outrepassent la loi, c’est sans doute qu’aussi fondamentalement qu’ils  pensent qu’elle doit s’appliquer à autrui, ils ne conçoivent pas une minute qu’elle puisse s’appliquer à eux. Aussi curieux que cela puisse paraître, dans toutes les affaires dans lesquelles ces stars du 92 ont versé, c’est cette « innocence » qui en fait de redoutables coupables. 

Malgré les simagrées, les provocations, la grossièreté des personnages, n’y voyez qu’un symptôme. Dans l’oeuvre glaçant des époux Balkany difficile de ne pas déceler l’essence de l’égoïsme social qui fonde notre société. Dans les soubresauts chaotiques du monde social, ces dernières années les Balkany sont partout. Sur les ronds-points, dans les cortèges syndicaux, dans la jeunesse des quartiers populaires, se poursuit la lutte de longue haleine contre le coeur de cette maladie insidieuse dont ils sont le syndrome. Danse Patrick, déhanche toi Isabelle, nous vous reprendrons tout, ce n’est pas personnel, nous voulons guérir.

Paul Elek 

Une réponse

  1. Chapouil Alain dit :

    Libéré pour raison de santé. La prison le rajeunit, j’espère que ce pauvre malade va demander à y retourner.

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