La guerre sociale en France – Romaric Godin

Casse des services publics, privatisation d’Aéroport de Paris et de la Française des jeux, politique d’austérité, mépris des mouvements sociaux et des revendications démocratiques, répression policière… tous ces faits sont intrinsèques à la logique néolibérale.

Dans La guerre sociale en France, Romaric Godin décrit avec pédagogie et précision les caractéristiques du néolibéralisme, terme complet qui décrit le mieux les complexités de la situation sociale et économique contemporaine. Il le définit notamment comme la fin de l’équilibre entre défense du capital et défense du travail, au profit du premier. L’Etat sert de garantie à celui-ci, privilégiant les ajustements économiques aux détriments des droits sociaux.

Contrairement à l’image qu’on peut avoir de politiques libérales, l’Etat est central dans la pensée néolibérale, car il est impératif qu’il soit préservé pour assurer les deux missions principales que lui accorde le néolibéralisme : accorder un minimum de soutien aux individus pour que les travailleurs restent disponibles au travail (1) et mater les contestations (2). Le reste de la structure de l’Etat est démantelée pour offrir des pans entiers de nos services publics à la prédation des marchés (Sncf, santé…).

(1) La logique du workfare, c’est-à-dire de l’assistance sociale soumise à la mise à disposition de soi au marché du travail, est une des grandes caractéristiques du néolibéralisme. Le soutien contre la pauvreté n’est donc pas une forme d’humanisme mais bien un soutien au marché conditionné à la participation de l’individu à ce dernier. Les dépenses de formation et d’éducation remplissent également ce rôle. Elles assurent la capacité marchande permanente de l’individu et permettent son adaptation aux demandes du marché. Ces miettes accordées aux plus démunis sont parfaitement illustrées par la théorie du ruissellement.

Le rôle centrale donné à l’Etat et la capacité du néolibéralisme à prétendre à des objectifs sociaux est fondamental pour comprendre comment celui-ci a pu trouver des appuis à « gauche ». L’auteur analyse la manière dont les partis sociaux-démocrates ce sont laissés gangrenés par cette pensée. Pour s’en persuader il suffit de reprendre les grandes décisions du quinquennat Hollande lors duquel des milliards ont été offerts aux grandes entreprises au détriment des financements indispensables au renforcement de nos services publics.

Les terribles dégâts fait par ces sociaux-démocrates aux idées de gauche ont alimenté la confusion intellectuelle ambiante – médias de majoritaires à l’appui – et ont permis à la rhétorique « progressiste » de la macronie de prétendre qu’elle ne défend pas seulement les intérêts du MEDEF.

(2) Pour assurer le maintien du système néolibérale en place, l’Etat est assigné au rôle de chien de garde. Le mépris fondamentale du néolibéralisme pour la démocratie est patent. Pour celui-ci il faut « remettre la démocratie à sa place », c’est-à-dire hors des structures économiques et sociales. La dérive autoritaire observée depuis plusieurs années concrétise cette logique. L’ambition de Macron est double : rendre le modèle français totalement soluble dans le néolibéralisme et créer une adhésion de la population à ce paradigme.

Mais cette ambition rencontre une résistance certaine du pays. Le problème de la logique néolibérale est que, malgré le service après-vente assuré par les médias majoritaires, ses effets finissent par se voir (disparition des services publics, politiques d’austérité…). La reddition à cette complète transformation néolibérale peut uniquement s’opérer par la contrainte. Pour cela, Macron a recourt à l’autoritarisme. Romaric Godin n’entend pas par-là un pouvoir dénué de légalité démocratique, mais manquant de force pour imposer sa volonté par sa seule légalité. Il a donc recours à des excès d’autorité, utilisant l’ensemble des forces que cette légalité lui octroie pour briser les oppositions. Le pouvoir en place peut ainsi déployer la force dont il est le détenteur « légitime ». L’acharnement répressif contre les mobilisations sociales est devenu la norme. L’Etat néolibérale réalise ainsi sa seconde fonction, celle d’assurer la stabilité du système néolibéral.

Ce livre nous permet de remettre dans son contexte historique la pensée néolibérale, de sa genèse à l’arrivée au pouvoir de Macron, paroxysme du néolibéralisme en France. La guerre sociale en France est un livre essentiel pour mettre des termes précis sur la situation actuelle et ne pas se laisser flouer par la démagogie omniprésente.

Donner une définition précise du néolibéralisme permet d’être mieux armé pour percevoir et combattre ses conséquences délétères sur presque tous les aspects de nos sociétés. Les artisans du néolibéralisme – la macronie en premier lieux – n’hésitent pas à alimenter la confusion pour tenter de rendre cette pensée attrayante, ou moins inquiétante. Confondre le néolibéralisme avec l’ultra-libéralisme est problématique, car le premier a des spécificités qui, si elles ne sont pas prises en compte, offre aux néolibéraux la possibilité de se placer comme opposants d’un libéralisme « sauvage ». 

Ce livre permet ainsi de comprendre les mécanismes institutionnels et économiques en place qui sous-tendent l’oppression sociale subit par le plus grand nombre. Il met aussi en lumière le glissement autoritaire observé depuis quelques années et la répression toujours plus violente des mouvements sociaux qui en découlent.

Cassandre Solon

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