Retour de(s) classes ?

Le débat sur le déconfinement avait pris une tournure particulière à propos de l’école. Annoncé soudainement, nous n’étions pas nombreuses à pouvoir dire avec certitude que les conditions sanitaires nécessaires pourraient être assurées pour une reprise sereine. Un retour sur les bancs de l’école était pourtant souhaitable pour que les enfants, jeunes et moins jeunes, retrouvent de réelles conditions d’enseignement ainsi que leurs camarades.

Comme attendu, la réponse du gouvernement a été marquée par les injonctions déconnectées du réel. D’abord, c’est une livret illisible de conditions et de préconisations que le ministère a publié, pour supposément préparer le retour à des conditions normales d’enseignement. Lourd, technocratique il ne pouvait pas rassurer le corps enseignant. Puis, la décision qui s’imposera finalement, c’est celle d’une école à la carte, où les parents sont sommés d’assumer le choix d’envoyer ou non leurs enfants. L’école reste-t-elle obligatoire ? Qu’est-ce que cet entre-deux où les situations semblent différer d’un bout à l’autre du pays ?

Les enjeux sont pourtant cruciaux. L’éducation à distance a fait ressortir avec fracas les inégalités, entre celles et ceux qui ont accès à un ordinateur et internet ou à un espace de travail, celles et ceux dont la famille possède le temps de s’impliquer à leurs côtés et à l’inverse ceux qui ont progressivement disparu des radars au sein d’un décrochage qui ne dit pas encore son nom. Le système éducatif déjà marqué par des inégalités sociales et culturelles profondes ne peut pas dériver en école à la carte. Soyons extrêmement vigilants car il ne s’agit pas que d’amateurisme, il y’a dans cette gestion de crise comme dans le projet de « vacances apprenantes » une ambition très libérale de l’école. Celui qui s’est fait contredire à chaque conférence de presse du Premier Ministre ne perd pas son cap. Blanquer pose de nouvelles pierres d’une école pour les besoins du marché, d’une école qui prépare les enfants à intégrer un monde qui marche sur la tête. À l’écouter, les difficultés des enfants de classes populaires s’expliqueraient par les neurosciences et non bien entendu par les inégalités ! La bataille pour une école qui prépare les enfants à transformer ce monde n’a rien d’annexe ou de secondaire, on pourrait même commencer par là, non ?

Elsa Faucillon 

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