Le capitalisme patriarcal, Silvia Federici  

Silvia Federici est connue pour ses travaux sur les chasses aux sorcières, l’institutionnalisation du viol et de la prostitution ou l’appropriation du travail des femmes y compris avant le développement de l’économie capitaliste. Dans ce dernier ouvrage sorti en 2019, elle reprend son exégèse critique de Marx pour comprendre un impensé important qui pour elle fonde en partie le combat féministe. Le livre se compose de plusieurs chapitres qui reprennent des articles publiés auparavant. 

Pour l’universitaire et militante féministe italienne, si le matérialisme historique de Marx a créé une puissant point d’appui pour procéder à la déconstruction de l’identité sociale des femmes naturalisées dans des rôles subalternes, le penseur du communisme est passé à côté d’une réalité fondamentale. Fasciné par le travail productif et le modèle de l’industrie, Marx ne voit pas, ne prend pas en compte le travail reproductif. Pour que le travailleur puisse en effet reproduire sa force de travail, un travail invisible prend place, celui de la procréation, du domaine domestique, du soin, de l’éducation des enfants, un travail pris en charge par les femmes. Cette réalité du travail invisible des femmes pour “produire le travailleur” pour le capital découle d’un “processus de subsomption réelle”, c’est-à-dire d’une réorganisation de la production capitaliste à la fin du XIXème siècle qui voit les femmes quitter le travail d’usine et être exclue du travail salarié pour assurer une meilleure reproduction de la force de travail du prolétaire. Cette transformation préfigure l’avènement de la construction d’une nouvelle identité, celle de la “ménagère”

En excluant le travail reproductif des son analyse, Marx exclut pour Silvia Federici “l’analyse de certains rapports sociaux”. Il est pour elle nécessaire de les repenser pour comprendre la constitution d’un groupe social femme ayant ses propres intérêts et qui est engagé dans un double rapport d’exploitation vis-à-vis du capital qui profite de son travail gratuit et vis-à-vis du travailleur dont elles vont dépendre économiquement (une relation qui évoluera comme un rapport par la suite structurellement inégalitaire). Un des chapitres se penche également sur la sexualité, la maternité et la prostitution comme des réalités organisées pour maintenir le contrôle sur le corp des femmes et sur le travail reproductif.

Au-delà de son travail historique, elle avance des propositions et des réflexions sur la possibilité de fonder une visée communiste inspirée des Communs, de l’écoféminisme, et d’une lutte implacable contre le sexisme qui passe entre autre, pour elle, par la réappropriation collective du travail de reproduction sociale, c’est-à-dire de toutes les tâches de travail gratuit effectué par les femmes dans de nombreux domaines (éducation, soin, ménage, etc). C’est une lecture qui tombe à point nommée après que la crise sanitaire a montré comment les femmes occupent dans nos sociétés des positions dans ces types de travaux que le capitalisme ne salarie que partiellement pendant que persiste la double journée de travail.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :