L’Entraide, l’autre loi de la jungle.

Paru en 2019, l’essai de Pablo Servigne et de Gauthier Chapelle prend tout son sens maintenant que s’est abattue cette rude crise sanitaire. Le théoricien de l’effondrement et son acolyte font un pas de côté sur les potentiels catastrophiques que couve le capitalisme déchaîné et nous parlent espoir. L’entraide, serait au coeur du processus d’évolution des espèces animales, et l’être humain ne fait pas exception même si le monde semble plongé dans les affres de l’individualisme et de la guerre hobbesienne de tous contre tous.

Clin d’oeil à un ouvrage de Kropotkine, le terme “d’entraide” en l’apparence trivial recouvre une réalité sociale bien plus complexe que l’on ne pourrait se l’imaginer. Contre le pessimisme ambiant, les mythes sur la nature humaine ou le supposé égoïsme de l’être humain, les auteurs ont fait un travail encyclopédique de recensement des pratiques de l’entraide au sein du vivant, qu’elles soient étudiés par la biologie, l’épigénétique et l’éthologie ou la sociologie et la psychologie. 

Le lecteur qui ne possède pas une connaissance approfondie de notre écosystème tombera alors de surprises en surprises. Saviez-vous que les arbres s’entraident pour survivre en milieu hostile ou que certains insectes pratiquent des formes d’agriculture ? Le voyage au travers de la longue liste des relations de symbiose et de parasitisme qui unissent les flore et la faune sera un premier pas dans l’entreprise de démystification d’une nature qui fonctionnerait selon “la loi de la jungle”, le règne du plus fort. Théories et études à l’appuie, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle réhabilitent petit à petit l’idée que l’entraide a été et reste un élément crucial dans le processus d’évolution des espèces, une réalité déjà soulevée par Darwin dont la pensée fut par la suite caricaturée et déformée jusqu’à donner des horreurs comme le darwinisme social.

L’être humain pourrait-il s’avérer altruiste et ce particulièrement en temps de grandes catastrophes (épidémie, ouragan, tsunami) ? C’est l’entreprise de démonstration suivante dans cet ouvrage. Pablo Servigne et Gauthier Chapelle présentent les innombrables travaux qui non seulement étudient nos capacités coopératives mais également les conditions dans lesquelles elles peuvent se développer ou se résorber. Impossible de ne pas succomber alors à l’optimisme tant l’on découvre l’étendu de notre potentiel de solidarité et de vie en commun, une fois assuré de certains principes d’organisation de la vie collective (confiance, égalité, sécurité). 

Agréable à lire et accessible, cet essai est à méditer pour penser le monde d’après. On regrettera cependant que le raisonnement des auteurs manque un peu d’historicité. En effet, si l’ouvrage donne espoir pour la suite, il n’est pas très bavard sur le chemin pour y arriver.

Paul Elek

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