Horreur ! La CGT défend les salariés de Renault…

D’habitude, la lutte syndicale attire rarement les sphères médiatiques. Le combat difficile que mènent les salariés pour l’amélioration de leurs conditions de travail et de rémunération ou contre les délocalisations n’a pas l’attrait féérique que contient l’énième reportage sur les vacances au ski ou à la plage. À coup de grand rachats par quelques milliardaires, la presse est devenue en grande partie une officine voyeuriste où la classe dirigeante vient se mettre en scène. Pensant la société à son image elle étale son mode de vie et ses aspirations comme pour l’ériger en cours naturel de nos vies.

Parfois la réalité brise le songe néolibéral et le choc est brutal. L’arrivée de la pandémie et les mesures de suspension partielle de l’économie sont venus fissurer l’insouciance de ceux qui pérorent sur les ondes. Comment ! Les travailleurs créent la richesse ? À chaque crise, cette découverte extraordinaire revient aussi sûrement que le beaujolais le troisième jeudi de novembre. Pour une tragédie, le capitalisme recours étonnamment au comique de répétition. Puis c’est l’heure du déconfinement. Fin de la récré, on retourne au turbin avec masques mais sans droit du travail, courtoisie de la loi d’urgence sanitaire du gouvernement, approuvée béatement par la foule de DHR mal avisés qui lui sert de majorité.

À Sandouville dans l’usine Renault, la CGT a saisi le tribunal judiciaire du Havre. Le syndicat estimait que les conditions sanitaire d’une reprise sereine pour les salariées n’étaient pas réunies. À part la macronie, personne ne croit en effet que des incitations et des paroles en l’air suffisent pour convaincre le patronat de se soucier de ceux dont il tire sa richesse extravagante. Pas de chance, la justice a donné raison à la CGT. Dans sa décision le tribunal demande de «suspendre la reprise de la production », jugeant que la reprise partielle commencée le 28 avril ne « permet pas d’assurer (…) la sécurité des travailleurs ». Accrochez vos ceintures, c’est parti pour un festival réactionnaire !

France TV info, dernier venu du service public, titre “Renault : la CGT fait fermer Sandouville”, France 3 Auvergne avance un “Coronavirus. La CGT opposée à la reprise du travail chez Renault Trucks, la direction se veut rassurante” et Valérie Pécresse estime elle que la CGT veut “planter la reprise”. Acte un : Exit la décision de justice. L’on tend ensuite le micro à Laurent Berger qui critique le “jusqu’au boutisme” de ses partenaires. Acte deux : la division. Le gouvernement en la personne de Bruno Le Maire en rajoute une couche jugeant que la CGT “joue avec le feu” et que “Cette décision est mauvaise pour la nation française, au moment où on veut relocaliser les activités industrielles”. Acte trois : Inversion de la responsabilité.

Par ce jeu de bonneteau quotidien, le storytelling médiatique est devenu le premier fabricant de bobards. Bilan de l’histoire, les ouvriers de Renault peuvent quand même compter sur la CGT qui les a défendu. Les faits son têtus !*

Karine Ravenet 

* Citation de Lénine

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :