Allô le 17…octobre 1961?

Vous rêvez d’une police républicaine pétrie des valeurs d’égalité et de liberté, dont la force est toujours proportionnée, dont les propos sont toujours respectueux de toutes les catégories de la population, sans distinction ? L’époque nous offre maintenant régulièrement des vidéos qui nous en éloignent sévèrement. Depuis le début du confinement, les premières violences policières constatées peinaient à passer le seuil de la visibilité médiatique. Dans les banlieues, bien des commentateurs voulaient surtout voir le non-respect des mesures barrières. Peine perdue. Même les autorités ont reconnu qu’en Seine-Saint-Denis par exemple, on respecte le confinement comme ailleurs.

C’est de Villeneuve-la-Garenne qu’est venu un premier embrasement remettant le projecteur sur les rapports entre la police et la population dans les quartiers populaires. Les habitants du quartier se divisent, on connaît la triste chanson. Cet engrenage s’inscrit désormais dans le quotidien de ces territoires abîmés par la rupture d’égalité, le racisme, l’idéologie du mérite, l’enclavement territorial ou encore les coupes sombres dans les budgets publics.

Contre la cécité collective à l’égard des violences policières, la capacité des forces de l’ordre à jouer contre leur camp dépasse parfois toute attente… Ce dimanche 26 avril, un policier a été filmé en déclarant « Un bicot comme ça, ça ne nage pas. » après qu’un homme a été repêché dans la Seine. L’homme interpellé aurait tenté d’échapper à la police selon le journaliste Taha Bouhafs. Le collègue du policier en question réplique, rigolard, “Ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied”. Christophe Castaner s’est hâté vers minuit de déclarer que “le racisme n’avait pas sa place dans la police nationale” et d’affirmer que l’IGPN serait saisie. Nous voilà rassurés ! Que va encore inventer l’officine du blanchiment policier ?

Dans cette terrible scène ressurgit l’ombre du 17 octobre 1961. Plus grand massacre civil à Paris depuis la Commune de Paris, il est toujours aux oubliettes de l’histoire nationale malgré le travail acharné de certain.e.s historien.ne.s et militant.e.s. Une société qui préfère étouffer le souvenir de ses atrocités est condamnée à les reproduire. Un gouvernement qui assure l’impunité des violences policières encourage leur reproduction à l’infini. Rappelez-vous : “Il n’y a pas de violences policières”*.

Karine Ravenet

*Déclaration de Christophe Castaner Janvier avril 2019Paul Elek

*La vidéo postée par le journaliste Taha Bouhafs est disponible ici: https://twitter.com/i/status/1254443289484374016

**Déclaration de Christophe Castaner Janvier avril 2019

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