Ainsi parla Geoffroy 

Le triste parallèle historique que nous pouvions dresser entre l’appel guerrier du président et l’union sacrée de 1914 se prolonge sous le signe de la farce. Pour le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, c’est en effet l’heure pour les Français.e.s de se préparer à aller au front. L’avantage du mouvement patronal, qui se croit sans cesse dans ses droits, c’est qu’il ne mâche pas ses mots. Ainsi parla Geoffroy : « Il faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire ». Mieux, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat lui a emboîté le pas, considérant qu’il “faudra bien rattraper ce mois perdu”. Vite une loi de séparation entre le Medef et l’Etat ! 

Résumons la situation. Notre modèle de développement heurte l’environnement au point de provoquer la venue d’une pandémie. L’incurie des politiques de nos gouvernants mariés au patronat a organisé la fragilité des nos systèmes de santé au point de devoir arrêter partiellement l’activité économique. Résultat, nous devrions payer. L’illusion, l’espace d’un instant, que nos vies vaudraient plus que leurs profits pour Emmanuel Macron et ses fanatiques du marché s’est vite dissipée. Nous voilà rentrés dans une guerre sociale où la situation préempte toute possibilité de réponse publique et collective. Quelle opportunité pour une stratégie du choc(1) ! 

Nul doute que la crise sociale et économique sera d’une violence effroyable. Au moment où tout le monde joue du “sans précédent” pour la qualifier, la comédie de coopération européenne a donné un accord pauvre, dépassant à peine les prérogatives autorisées par les traités. Nous voilà à un tournant qui ne dit pas son nom. Trop nombreux sont celles et ceux qui s’accrochent à l’idée du retour féérique à une croissance qui battait déjà de l’aile avant l’épidémie ! Alors que les irresponsables politiques sont en quête de leurs châteaux en Espagne, nous devons réfléchir à des alternatives qui rompent avec le cycle infernal actuel qui nous engagerait dans un mauvais remake de 2008.

Il serait impensable d’accepter l’enrôlement forcené qu’on nous propose pour nourrir la cupidité du patronat mais nous pouvons trouver un autre sens à la nécessité de faire corps. Méditons alors cette phrase prophétique de l’Internationale : “Dans les coffres-forts de la banque, ce qu’il a crée s’est fondu. En décrétant qu’on le lui rende, le peuple ne veut que son dû.”

 

Paul Elek

(1) Dans son livre La stratégie du choc, Naomi Klein soutient que les désastres (catastrophes naturelles, changements de régimes, attentats) conduisent à des chocs psychologiques qui facilitent la possibilité  d’appliquer les doctrines néolibérales.

2 réponses

  1. DELAPLACE dit :

    On a justifié toutes ces dernières années les hauts salaires des dirigeants du CAC 40 et autres parce que l’on voulait les meilleurs pour nos entreprises . Qu’ont fait ces « meilleurs » ? Ils ont délocalisé, licencié, restructuré … et aujourd’hui ce sont les mêmes qui veulent augmenter le temps de travail, limiter les congés.
    Ne devrait on pas les licencier pour faute grave car ils n’ont pas prévu la gestion de crise sanitaire alors que depuis les épisodes du strass cela fait partie des obligations des entreprises d’avoir un Plan de Continuation d’Activité. Si ces plans avaient effectivement été préparé , nos grands patrons ne seraient pas à demander encore un effort de plus. Et ces plans sont de la responsabilité DIRECTE des directions.
    Alors oui un peu de décences messieurs les grands capitaines d’industrie et peut être faut il aussi leur demander de rendre l’argent qu’il ne méritaient pas de gagner

  2. jofre dit :

    bonjour,3250 ménages les plus riches de France planquent 140 milliards d’euros dans les paradis fiscaux.Il nous faut reconstituer le corps social sur la base du principe de l’article 1er de la déclaration de1789;c’est-à-dire l’utilité du commun à contrario des intérêts privés comme aujourd’hui. Thatcher disait: « il n’y a pas de société, il n’y a que des individus » c’était la porte ouverte au néo-libéralisme que nous connaissons . On ne lachera rien.

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