Parfois, Onfray mieux de se taire

Le 23 mars, l’aspirant philosophe Onfray a signé un texte intitulé “Faire la guerre”. L’anti-jacobin forcené vient au secours de la République, l’heure n’est plus à Proudhon mais à la guerre contre “l’islamisme mondial”. Son goût pour la provocation fait aujourd’hui état de la pâle limite qui sépare chez lui vulgarisation philosophique et philosophie vulgaire.

Dissimulée au milieu d’une insupportable longue liste de noms d’auteurs lancés à tout bout de champ, la portée du propos échoue à avancer un quelconque argument qui ne relève pas du fantasme. Derrière la critique facile et de façade du macronisme, le démissionnaire de la pensée veut substituer à l’inquiétant Covid 19, les “tribus” (sic!) des quartiers populaires, cinquième colonne du “terrorisme islamiste”. Face à la terreur de leurs barbecues en plein confinement ou leurs attaques contre les voitures de soignants dans les banlieues, dans un scénario hystérique que même BFM TV n’a pas relevé, il fustige finalement le laxisme d’un chef des armées qui préfère verbaliser “son vieil ami qui fait sa balade autour de son pâté de maison avec son épouse”. Petit babtou fragile. 

Sentant presque le coup venir, il s’essaye même à un très chiraquien “Et ce n’est pas être raciste que de dire cela”, arguant de faire partie du peuple “nombreux” qui souhaite savoir pourquoi les populations des territoires perdus de la République se seraient vu accordées le droit de ne pas respecter les règles. Inutile d’expliquer dès lors le succès de son texte dans la fachosphère qui l’a relayé avec entrain. Au-delà de son obsession sur l’islam et les banlieues marquée par un sens intriguant du timing, ce libertaire de conviction brille dans son plaidoyer pour l’armée et la police à en émoustiller un Bakounine ! 

Pourquoi prendre alors la peine de parler de ce sinistre monsieur en manque d’attention ? L’outrecuidance de ce faux persécuté nous y a poussés. Comment résister au plaisir de le clouer à sa réalité de faussaire, lui qui sur toutes les ondes vient donner la leçon sur à peu près tout et n’importe quoi, arborant fièrement du “le philosophe que je suis” face à nous, terribles déshérités du vrai savoir ?  Dans ce spectacle médiatique qu’il dénonce presque autant qu’il ne l’alimente, il fallait révéler la triste couleur de sa plaidoirie antisystème bien qu’il jouît encore d’un attrait chez certains à gauche. Finalement, c’est Karl Marx qui avait raison : “Sur une plaine toute plate un petit tas de terre semble une colline ; on jugera de la platitude de notre bourgeoisie actuelle en prenant le calibre de ses « grands esprits ».”

Paul Elek

Une réponse

  1. CHALOT dit :

    Bien d’accord, on ferait mieux d’oublier Onfray

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