Mettre à profit cette crise, pour bien vivre

Nous nous sommes arrêtés. Pas tous, pas complètement, pas pour un grand nombre de concitoyen.ne.s sommés de travailler sans protection, dans des domaines parfois non nécessaires… Mais pour l’essentiel, notre société est en pause. Les indicateurs de pollution atmosphérique en donnent la mesure. Les rues désertes laissent entrevoir le plein des intérieurs.

La crise sanitaire nous contraint à un ralentissement inédit. Au milieu du sinistre, c’est à nous de saisir cette opportunité. Comme l’écrit le philosophe Bruno Latour, « si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré »

À l’échelle individuelle et collective, nous sommes ramenés aux besoins essentiels. Là se situe la bonne nouvelle dans un océan d’angoisses et de décès. Nous sommes bloqués chez nous mais potentiellement débloqués dans nos imaginaires, si nous réussissons à nous poser les bonnes questions.

Le confinement est l’occasion de faire le tri entre le nécessaire et l’accessoire, le décisif et le dérisoire. La hiérarchie des valeurs se trouve déjà bouleversée. Les services publics, parfois si décriés, et aux budgets si malmenés par l’austérité, nous apparaissent aujourd’hui fondamentaux. Les métiers méprisés hier arrivent sur le podium de l’indispensable. La folie consumériste entravée permet de se concentrer sur ce qui nous manque vraiment et ce dont nous arrivons finalement bien à nous passer. Les libertés sous surveillance nous rappellent combien nous chérissons la liberté.

La crise sanitaire nous oblige à considérer les catastrophes climatiques qui nous attendent. Nous le savons, le Covid19 n’est qu’une simple répétition. D’ores et déjà, les maladies liées à la pollution tuent nettement plus que le coronavirus contre lequel, dans le monde entier, on se confine. Demain, ce sont des déplacements de populations, de nouveaux virus ou des guerres pour accaparer des ressources naturelles si raréfiées qui sont devant nous si nous « relançons la production » comme avant. Pourquoi ne serions-nous pas capables de nous protéger en changeant notre modèle de développement ?

Les inégalités sociales et territoriales se révèlent au grand jour. L’état de santé des populations et le niveau du système de soins selon le pays, le département, sont décisifs pour combattre la mortalité liée aux virus. La pauvreté est un accélérateur. Comme le virus lie nos sorts, à l’échelle planétaire, réparer les injustices apparaît comme une œuvre de salubrité publique. La santé, le bien-être, pour tous est la condition de la santé, du bien-être, de chacun. L’articulation entre l’individu et le collectif, entre le territoire de proximité et l’autre bout de la planète, est vital.

Le temps long, en lieu et place du temps court si cher à la loi du profit, est celui des solutions. L’anticipation se révèle indispensable pour permettre à la science de travailler comme pour produire le matériel nécessaire. Les désordres du climat et de l’écosystème appellent à prendre des décisions en amont des catastrophes pour bâtir des plans de transition dans de nombreux domaines. Le partage des ressources naturelles et des richesses, la relocalisation de l’économie, la sortie d’une consommation et d’une production qui nous font perdre le sens et la saveur des choses, la décision collective et non confisquée par un petit cercle de pouvoir ou la technocratie, sont autant de boussoles pour basculer vers un monde respirable. C’est là que les pouvoirs publics s’avèrent des outils majeurs de l’organisation du soin, de la prévention, des changements. Le recours à l’État ne dit pas autre chose aujourd’hui. C’est là aussi que l’ensemble de la société doit être mobilisée et actrice des transformations radicales – au sens de prendre à la racine du problème – qui nous conduisent à bien vivre.

Clémentine Autain

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :