Cap sur le Congrès

Ce documentaire Netflix fera tressaillir ceux qui, comme moi, regardent attentivement de l’autre côté de l’Atlantique la dynamique politique qui avait jailli à la suite de la formidable campagne de Bernie Sanders en 2016. L’oncle Sam sur le point de succomber au socialisme ? Pas tout à fait, mais un espoir était né.

Le documentaire nous plonge un an après, aux côtés de l’association “Brand New Congress” (Un tout nouveau Congrès). Ce comité composé d’anciens volontaires de la campagne Sanders cherche à recruter de nouveaux profils politiques  pour renouveler le Congrès, trop apte à recruter chez les millionaires, généralement vieux et blancs. Une ambition donc : des parlementaires à l’image des représentés. Est-ce utopique de vouloir plus de femmes, de travailleurs, de racisés dans une politique américaine rongée par les logiques d’appareils et d’affaires ? Dans sa recherche de candidat l’association propose à tout un chacun de nomminer un.e proche ou un.e ami.e. Alexandria Ocasio-Cortez l’a été pas son frère. 

Pendant une heure et demi, l’on suit ainsi quatre femmes, Cori Bush, Amy Vilela, Paula Jean Swearengin et Alexandria Ocasio-Cortez dans leur bataille féroce contre l’establishment démocrate. Si cette dernière, seule victorieuse dans son entreprise occupe la majorité du temps d’écran, toutes font état d’une volonté de fer et d’une sincérité touchante dans leur engagement. Elles réalisent toutes un exploit : faire de la politique au plus près des électeurs, pour et avec eux. Les américains ont un terme bien particulier pour en parler. “Grassroot”, bien mal traduit pas “populaire” le terme fait plutôt écho à ce que nous nommons “une campagne de terrain”. Sans moyens, sans appareils, ces candidates qui défient l’impossible s’appuient donc sur le community organizing, c’est-à-dire l’organisation à l’échelle locale de groupes qui se battent pour défendre leurs intérêts. 

Cori Bush s’est lancée dans le Missouri pour représenter un changement quelques années après la révolte à Ferguson. Paula Jean Swearengin reprend elle le flambeau de sa famille de mineurs en West Virginia, dévastée par l’impact environnemental et sanitaire des exploitations minières dans l’Etat. Amy Vilela a vu sa fille décéder. Sans assurance, le personnel de l’hôpital avait refusé de lui laisser effectuer les tests nécessaires pour prévenir sa mort. Cette nouvelle génération qui tente d’émerger, est donc celle d’un cri d’alarme des populations, comme celle d’un nouveau souffle bien décidé à en finir avec l’indécence de la société du tout marché à l’américaine. Si Netflix en rajoute sans doute un peu avec le montage, l’émotion bien présente sera appréciée par tous les militant.e.s. Un bon visionnage donc, en cette période de confinement !

Paul Elek 

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