GendNotes : Fiché.e.s, vous pouvez circuler

Passé un peu inaperçu, le nouveau gadget de la gendarmerie a de quoi faire bondir. Depuis fin février, GendNotes, une application mobile de “prise de note” a été autorisée pour faciliter le travail de coordination des gendarmes. L’orientation sexuelle ou politique, l’origine raciale, les opinions politiques ou philosophiques ou même l’appartenance à une religion ou un syndicat sont des informations susceptibles d’être notées dans l’application à l’occasion par exemple d’un contrôle. L’information numérisée peut ensuite être transmise à de nombreux acteurs, du préfet au maire de votre commune. Quelle bonne idée !

Bien entendu, ces informations ne sont susceptibles d’être notées qu’en cas de “nécessité absolue”, à l’appréciation du gendarme… Le fichage, un ami qui vous veut du bien ? La Cnil a émis quelques réserves mais rien de très conséquent. Elle entérine finalement le tournant sécuritaire de notre société. Chaque jour, les données personnelles deviennent la proie des appétits marchands ou des appareils sécuritaires, au rang desquels l’État apparaît comme le plus dangereux. Sans même souligner que la gendarmerie est un corps de métier qui plébiscite le vote à l’extrême-droite , est-il raisonnable de laisser l’État collecter de telles informations ? Grâce à l’hystérie médiatique, la fiche S est déjà devenue aux yeux du public un signe de culpabilité alors qu’elle n’est qu’une fiche informative… Quand la société voit déjà des suspects partout, que pourrait donc faire l’État de ces informations dans les méandres de ses secrets ? Des fichiers sur les juifs ? Déjà fait. Des fichiers d’homosexuels ? Déjà fait. Des fichiers sur les communistes ? Déjà fait. Reste les musulmans, bien que cela ne devrait trop tarder…

Pendant que les fondateurs du libéralisme se retournent dans leurs tombes, les partisans du néolibéralisme achèvent donc patiemment le tournant orwellien de l’organisation marchande. Police partout, justice sociale nulle part ? L’organisation des pays européens est devenue la caricature la plus prononcée de ce vieux slogan. Piégé entre ce besoin de plus de social et l’intensification de la répression comme seule réponse, nous avons recours à l’État comme concept indépassable de notre organisation sociale, en payant un lourd tribut à ce manque radical d’imagination. En attendant l’avènement d’un autre horizon, les parangons du progressisme qui nous gouvernent font tristement raisonner aujourd’hui les mots de Proudhon : “Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu.”

Paul Elek 

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