E3C, la mobilisation prend de l’ampleur


Depuis le fin janvier, des élèves, des professeurs et des parents d’élèves manifestent devant les établissements leur opposition aux E3C, ces nouvelles épreuves du bac Blanquer. Le stress des élèves, la peur du zéro sont là mais la conscience du danger de cette réforme du bac l’a emporté, et la mobilisation prend de l’ampleur. Je pense à celles et ceux qui se mobilisent et aux parents évidemment, inquiets de cette situation qui est le résultat d’un entêtement et d’une impréparation côté gouvernemental.

Comment ne pas comprendre l’angoisse et la colère ressenties par les élèves quand tombent des sujets sur des thématiques qui n’ont pas encore été abordées en cours ? Comment ne pas entendre la colère des professeurs, qui voient les inégalités territoriales s’abattre comme un destin fatal sur leurs élèves avec ces épreuves, au détriment d’un bac national ? Comment enfin ne pas partager l’angoisse des parents, qui pressentant que désormais l’avenir de leur enfant se joue dès le premier trimestre de première, voient d’un mauvais œil les conditions d’examens exécrables qu’ils subissent ?

En Seine-Saint-Denis, territoire où je suis élue, les élèves ont perdu en moyenne une année de scolarité, du fait du non remplacement de professeurs absents. Et demain, si ce bac local était maintenu, ce sont les inégalités qui vont se creuser violemment, car un 12 dans le 93 ne vaudra pas un 12 au bac, passé à Paris. Voilà la triste réalité sur laquelle s’assoit le ministre Blanquer, une gigantesque compétition territoriale.  

En passant en force cette réforme, contre l’avis de la communauté éducative, le gouvernement a créé les conditions pour un désastre général. Alors qu’il affirmait, aux côtés des recteurs d’académie, que les épreuves se dérouleraient comme prévues, une question se pose. Où est-il, maintenant qu’un tiers des établissements sont touchés par la contestation ? Dans près de 166 lycées l’on ne compte plus en effet, les annulations ou les reports d’épreuves. Dans certains départements, l’ultra majorité des élèves ne les ont pas passées. Le rectorat n’a de réponse que l’intimidation, en brandissant la menace d’un zéro collectif. Faut-il punir leurs inquiétudes comme on condamne leur avenir avec des conditions d’enseignement indignes de la République ?

À Grenoble ou Bordeaux, des épreuves se tiennent sous la surveillance de policiers en arme. La situation est tellement tendue entre l’administration et les élèves, que les pleurs en salle d’examen sont quotidiens…Pour un feu de poubelle, des mineurs de 16 ans ont été emmenés au poste. Voilà le futur qu’on prépare à notre jeunesse, entre garde à vue et garde à vous. Il ne fait aucun doute que dans le climat actuel, qui constitue une rupture des conditions d’égalité devant l’épreuve, la seule décision responsable est d’annuler les E3C.

Clémentine Autain 

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