Trump, Alain Badiou

Trump, Alain Badiou

Dans ce dernier ouvrage du très prolifique philosophe français, nous sont données à lire deux conférences qu’Alain Badiou a données aux États-Unis, quelques temps après l’élection de Donald Trump. Elles sont accompagnées d’une petite réflexion personnelle plus récente à la fin du livre. C’est l’occasion pour lui d’offrir sa vision des Trump, Bolsonaro, Sarkozy, Berlusconi qu’ils nomment des gangsters, des voyous qui seraient les représentants d’un “fascisme démocratique”. Leur élection serait le résultat de facteurs combinés, le règne sans partage du capitalisme mondialisé – « La puissance du capitalisme libéral réside dans sa déclaration qu’il est la seule voie », écrit le philosophe -, la décomposition de l’oligarchie traditionnelle et la frustration des peuples qui s’expriment de façon troublante du fait de l’absence d’une alternative qu’Alain Badiou nomme l’hypothèse communiste.

Trump, Orban et autres Erdogan sont racistes, machistes, favorables à la propriété privée, méprisants, haineux des intellectuels, étrangers à la logique et rationalité. Rien de nouveau sous le soleil et pourtant, ils donnent « l’impression d’une nouveauté artificielle, d’un langage différent, de promesses violentes et, et un certain sens, d’un intérieur externe ». Voici le paradoxe d’époque : ces hyper-réactionnaires peuvent proclamer qu’ils incarnent quelque chose de neuf.

En face, nous dit Badiou, « le problème, ce n’est pas qu’il y ait une absence totale de toute forme de résistance ou de révolte. C’est que toute autre voie stratégique, toute conviction qui pourrait avoir la même force que la croyance résignée selon laquelle le capitalisme est la seule voie possible pour l’avenir de l’humanité font défaut ». Ce qui manque, c’est l’Idée. Le philosophe défend un processus de rénovation. « Nous devons inventer », affirme Badiou. On pourra alors s’étonner des quelques grands principes énoncés pour définir l’Idée nouvelle : fin de la propriété privée et d’une société des inégalités, absence de division du caractère manuel et intellectuel du travail, refus d’imposer au libre développement de tous et toutes des barrières nationales, sexuelles, religieuse et raciales, et enfin le nécessité de dépasser l’État vers un régime de “libre association” cher à Marx. Sont-ils de nature à exprimer le nouveau tout du XXIe siècle ? L’impératif écologique, pour ne citer que celui-là, ne rentre curieusement pas dans la définition ramassée de cette Idée nouvelle.

Badiou explique enfin que sans cette Idée, la gauche n’incarne plus un extérieur au champ politique, position nécessaire à l’incarnation d’une véritable rupture avec l’ordre établi. Les fascistes démocratiques seraient eux le débordement de l’extérieur réactionnaire se faufilant dans la crise de l’oligarchie traditionnelle. Sa conviction est là : « Le système politique dominant ne peut construire en lui-même une place pour « notre révolution ».

C’est une réflexion inégale mais, à bien des égards, stimulantes pour un si court ouvrage qui plaira à celles et ceux qui souhaitent mettre des mots simples sur les dangers de l’accès de l’extrême droite au pouvoir.

 

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