Texte du Big Bang – Rompre avec le productivisme

Le Big Bang de la gauche écologiste souhaite travailler à des hypothèses et des débats qui traversent notre camp social. Dans cette démarche, il a présenté dans sa dernière assemblée des signataires, un court texte faisant état de discussions entre ses diverses composantes. Le texte ci-dessus est la première pierre d’une réflexion unitaire sur l’enjeu écologique.


Rompre avec le productivisme

Pourquoi rompre avec le capitalisme productiviste ? 

Plusieurs phénomènes nous conduisent aujourd’hui à remettre en cause le modèle économique et social de notre société, le modèle libéral productiviste : 

  • Le premier est évidemment le péril écologique qui menace aujourd’hui la capacité des êtres humains à vivre sur terre à un horizon de plus en plus court; 
  • Le second naît de la croissance continue et exponentielle des inégalités dans le monde, non plus entre les pays mais bien au sein de chaque pays. Elles génèrent des situations économiques et sociales dramatiques que rien ne saurait justifier, a fortiori  dans un contexte de croissance globale des richesses. 
  • Le troisième réside dans la montée des autoritarismes en Europe mais plus globalement dans le monde : ils sont nourris par la perte de sentiment de contrôle des population sur leur destin, par la souffrance et la frustration que les populations ressentent du fait de la hausse de inégalités, de l’absence de politique environnementale rassurante, et de perspectives positives pour eux et leurs enfants.

Nous souhaitons offrir une perspective alternative, un système qui sorte de l’hyper-individualisation de la société, afin de proposer des politiques globales cohérentes qui offrent un alternative aux politiques économiques et sociales qui reposent sur la responsabilité individuelle des hommes et des femmes à réussir et à lutter contre les effets de l’altération de l’environnement. 

 

Ce  texte vise à la fois à indiquer une démarche générale de long terme et des objectifs immédiats dans une double perspective : d’une part, engager un processus de rupture avec le capitalisme productiviste néolibéral ; d’autre part, indiquer des mesures phares qu’une coalition politique pourrait prendre une fois au gouvernement, ce qui suppose la construction de majorités et la prise en compte de l’acceptation sociale des mesures envisagées. La justice sociale est la condition de la transition écologique.

Dans ce cadre, la rupture avec le productivisme ne peut être détachée des autres politiques que devrait mener une gouvernement de transformation sociale et écologique. Elle s’insère dans une logique émancipatrice qui touche tous les domaines et qui vise à lutter contre toutes les formes d’oppressions et d’exploitation.

Il s’agit d’un tout premier document qui doit permettre d’identifier les points d’accords et de désaccords. Après 2 § sur les prérequis et quelques principes de base, nous présenterons une série de transformations majeures, d’importances inégales, et que l’on pourra enrichir au fur et à mesure de l’avancée de nos travaux. Il en manque sur les transports, l’urbanisme, etc. etc. 

Nous avons eu l’occasion d’engager le débat lors d’une première réunion organisée à Paris le 28 novembre 2019 pendant laquelle 4 questions ont été centrales dans la discussion : la notion de décroissance, celle du « green new deal », la place de l’Etat et la capacité des pouvoirs politiques, en particulier les collectivités territoriales dont des représentants étaient présents pendant la réunion, à prendre des décisions qui permettent d’engager des changements structurels. La réunion du 28 novembre a permis à des militants associatifs, syndicaux et politiques de confronter leurs points de vue et de vérifier les points d’accords et ceux qui méritent d’avancer dans les discussions.

Deux questions ont montré qu’un accord était à notre portée : la rupture avec le mythe d’une croissance sans limites et la notion de « société post-croissance » nous est apparu comme le plus adéquat pour marquer cette rupture ; et celle de « green new deal », en y ajoutant ou  non l’adjectif de “radical” comme le font de nombreux mouvements sociaux aux Etats-Unis. Les deux autres questions abordées lors de la réunion du 28 novembre, la place de l’Etat et la capacité d’action des pouvoirs politiques, demandent des discussions plus approfondies. 

 

Prérequis

Nous partons de prérequis que nous considérons comme acquis et sur lesquels nous pourrons nous appuyer.

Il s’agit tout d’abord des recommandations du GIEC, cf. (en anglais) https://www.ipcc.ch/2019/ et sa mise en application grâce au scénario Negawatt https://negawatt.org/Scenario-negaWatt-2017-2050.

Il s’agit ensuite de la défense de la biodiversité, avec les recommandations des experts et de l’ONU https://www.ipbes.net/news/Media-Release-Global-Assessment-Fr, dont les conclusions s’imposent : en finir avec les pesticides en commençant par les néonicotinoïdes et rétablir les haies et autres espaces favorisant la biodiversité.

Quelles que soient leurs limites – par exemple le GIEC est agnostique sur le nucléaire et l’objectif de réduction de 50 % de la consommation d’énergie à l’horizon 2050 du scénario Négawatt, alors même que la population va continuer à augmenter, peut paraître peu réaliste, ces rapports constituent une base indispensable à toute action politique.

 

Principes de base

Nous partirons également de quatre principes qui nous paraissent essentiels et que l’on devrait retrouver dans les différents axes de transformation.

  • Réencastrer l’économie dans la société, en référence à Karl Polanyi.
  • Refonder un nouveau rapport à la nature qui rompt avec la logique prédatrice actuelle. Un débat existe sur le fait de savoir s’il faut, en référence aux propositions équatorienne et bolivienne, doter la nature (les non-humains) de droits, alors même que la notion de droits renvoie à l’existence d’un sujet apte à les faire valoir juridiquement.
  • Rompre avec le consumerisme.
  • Donner toute son importance aux activités de « reproduction », en référence aux avancées des écoféministes et des théoriciens du « care », cette dernière notion devant être précisément définie car étant aussi utilisée par les néolibéraux.

Pour la décroissance ?

Le terme décroissance fait l’objet d’un débat à gauche et chez les écologistes. Il nécessite une clarification. Rompre avec le consumérisme suppose une décroissance de la consommation matérielle globale. Mais cela ne signifie pas que le PIB, qui mesure la richesse créée et  mesurée monétairement, décroisse automatiquement. S’il faudra réduire fortement ou même arrêter la production de certains biens et il faudra aussi en produire d’autres de façon plus importante. La transition énergétique et la satisfaction des besoin sociaux nécessitent la production de biens spécifiques et le développement massif de services. Il est alors à l’avance impossible de savoir si le PIB va croître ou décroître, d’autant qu’il est probable que ce que l’on définit comme la valeur ajoutée des nouveaux produits soit importante. Quoi qu’il en soit, le PIB ne peut être ni seul ni même le principal indicateur de la vie économique et sociale. Il ne dit rien sur les inégalités sociales, ni sur le bien-être de la population. De plus, par construction, il ne peut mesurer les activités non monétarisées comme le travail domestique, l’aide accordée par des proches ou la production de biens communs gratuits comme wikipedia ou openstreetmap. 

Ce qui nous apparaît essentiel est néanmoins de modifier les règles de la production et de la consommation, tant pour limiter les effets de cette consommation sur l’environnement que pour améliorer le bien être de tous. Pour ce faire il est indispensable de faire de la durée de vie des produits l’échelle de leur valorisation (https://www.halteobsolescence.org/sensibilisation/), de développer les productions locales, de valoriser les métiers dit de “reproduction”, à savoir le soin, l’accompagnement, l’enseignement, la production agricole responsable et durable … 

Vers un « green new deal » ?

Le terme devient très populaire, repris aux Etats-Unis par les élus de la gauche du parti démocrate, par des prospectivistes comme Jeremy Rifkin qui offre par là une vision d’un capitalisme vertueux au service de l’intérêt général, et par des tenants de la gauche radicale. Il peut donc être porteur de confusion, chacun  y mettant un peu ce qu’il veut. Il a cependant un avantage majeur celui d’être immédiatement compris et d’indiquer de façon ramassée la nécessité d’une rupture avec la logique néolibérale productiviste. Il peut d’autre part être un thème fédérateur pour des courants politiques qui divergent par ailleurs sur nombre de sujets.

Quoi qu’il en soit, il y a dans ces approches des éléments qu’ils faut évidemment reprendre, citons-en trois :

  • les investissements publics massifs dans les énergies renouvelables et la volonté de reprendre le contrôle de la finance en subordonnant cette dernière à la transition écologique et à la satisfaction des besoin sociaux, à la base même de la référence au New Deal,
  • auxquels on peut ajouter tout l’arsenal de mesures d’interdictions (des pesticides, etc. etc.) ou d’incitations qui ne peuvent venir que de décisions politiques prises par le parlement,
  • l’ajout de la nécessité d’un programme de développement massif des « emplois verts ».

Les difficultés peuvent être de deux ordres. Tout d’abord le risque de prendre la référence au New Deal de Roosevelt au pied de la lettre, en oubliant qu’il s’agissait d’un plan de relance (modéré) de l’économie très loin d’une rupture avec le productivisme… La seconde difficulté pourrait être une vision étatiste de cette transformation d’autant plus forte que l’on met l’accent sur la planification écologique. Un débat doit s’engager qui tire un bilan réel des expériences passées tant sur la planification que sur la questions des nationalisations, un débat d’autant plus important quand on sait que le modèle coopératif est particulièrement pertinent pour les énergies solaires.

Produire autre chose, autrement

La rupture avec le productivisme et le consumérisme suppose une transformation profonde des processus de production et de la nature des biens produits. Il s’agit d’abord d’appliquer un principe de soutenabilité qui suppose une réduction drastique du coût en énergie et en émissions de gaz à effet de serre de telle sorte que la trajectoire fixée par le GIEC soit tenue, ce qui suppose par exemple de mettre fin à l’obsolescence programmée de nombreux produits et l’arrêt de productions néfastes.

Que cela soit dans la production industrielle ou agricole, les impératifs écologiques et de santé publique convergent pour exiger que les processus de production et les biens fournis soient soumis au principe de précaution qui doit s’appliquer de façon rigoureuse avec une échelle de sanctions revue à la hausse. Les objectifs écologiques et de santé publique s’opposent ici frontalement à la logique capitaliste du profit maximum. Il s’agit donc de développer une véritable”écologie industrielle” en recentrant l’appareil productif sur la satisfactions des besoins sociaux domestiques et le “bien vivre”. 

Relocaliser l’économie en freinant les échanges de biens matériels

La relocalisation est au cœur de la rupture avec le productivisme, mais il y a plusieurs manières de tenter d’y arriver. Le protectionnisme, parfois accompagné de l’adjectif « solidaire » ou « altruiste », en est un. Il est en débat à gauche. Au-delà même de la discussion technique sur son efficacité dans une situation où les deux tiers du commerce mondial sont issus des échanges entre les firmes ou intrafirmes, ce type de mesure peut entraîner une guerre commerciale avec le risque d’opposer les peuples entre eux.   

Le choix proposé ici est plutôt de se doter de toute une batterie de mesures pour augmenter le coût du transport de biens matériels, en jouant sur le prix des véhicules de transports, sur leurs carburants, en instaurant une taxe kilométrique, etc. Il est de même possible de renchérir le coût des échanges de biens produits dans des conditions sociales et environnementales qui ne sont pas en adéquation avec le modèle de production responsable dont l’Europe doit être le fer de lanceetc. L’idée est de pousser tous les acteurs, particuliers, entreprises, collectivités, de prioriser les achats locaux (qu’ils soient ou non, par ailleurs, du même pays). L’objectif doit être de casser les chaînes de valeur des transnationales fondées sur l’exploitation des différentiels de normes sociales, sanitaires, environnementales pour forcer à une réorganisation de la production.

Cependant, ces orientations risquent d’avoir des effets néfastes sur les pays les plus pauvres et les pays émergents qui verraient une partie non négligeable de leur production être transférée dans les pays riches. Leur mise en oeuvre suppose donc une réorientation et un développement de l’aide à apporter à ces pays.

Relocaliser c’est aussi démanteler les multinationales dont le poids économique et politique est chaque jour plus important et penser autrement les unités de productions en valorisant leur apport social et écologique. Pour cela, il faut que le progrès technique, notamment lié à la robotisation et à la révolution informationnelle, permette de réduire le temps de travail et soit au service d’une nouvelle organisation du travail moins aliénante avec des unités de production garantissant un maillage de l’ensemble du territoire. 

Favoriser la gratuité

Nos sociétés sont déjà accoutumées à la gratuité de certains services, comme l’école ou – de manière partielle – les soins de santé. Le numérique a étendu le champs de la gratuité permise par la mise en place de biens communs du numérique comme wikipedia, openstreetmap, les creative commons ou les articles académiques en libre accès. Dans d’autres secteurs, comme le transport collectif dans les agglomérations, des expériences de gratuité fonctionnent bien, mais l’important est d’inscrire la gratuité comme un des ingrédient important d’un projet émancipateur. 

Cependant, gratuits pour leurs usagers, ces services ont un coût pour la société dans son ensemble. La question de leur financement, que ce soit par la fiscalité ou par des cotisations sociales, ne peut être évacuée. La question d’une réforme fiscale, alliant justice fiscale et ressources nouvelles, est, dans ce cadre, un enjeu essentiel. De plus, peut se poser pour certains services la question des mésusages : doit alors se concevoir, une gratuité partielle jusqu’à un certain niveau de consommation et/ou pour certains usages.

Développer l’autoconsommation, les biens communs, la collaboration et la propriété sociale

Une des définitions du web2.0, le web contemporain, est que nous sommes autant « consommateurs que producteurs » sur les réseaux sociaux. Dans le même esprit que nous pouvons étendre cette notion à toute une série d’activité qui sont aujourd’hui trop souvent déléguées au marché ou à l’Etat, au sens large du terme.

La production de l’énergie fait partie de cela. L’énergie solaire en est le premier exemple, en autoconsommation personnelle ou, mieux, en coopérative d’habitants. C’est aussi le cas de biens communs comme les affouages, les coupes de bois réalisées, pour le chauffage, par les habitants de nombreuses communes rurales de la moitié Est de la France. L’intérêt de la démarche des « communs », dans l’énergie comme dans d’autres domaines est d’offrir une alternative tant à la propriété privée qu’à l’étatisme.

La propriété sociale, conçue comme propriété de ceux qui sont concernés ou affectés par une activité, peut être une autre alternative à la propriété privée et à l’étatisme. Il s’agit alors que les décisions concernant l’activité d’une entreprises soient prises par toutes celles et ceux qui pourraient être touchés par cette activité, celles et ceux qui y travaillent, sur le modèle des SCOP, mais aussi les consommateurs, et ceux – humains et milieux naturels – qui pourraient subir les conséquences de ces activités. Le bien-être social et le respect des impératifs écologiques pourraient alors être mis au coeur des décisions.  

On peut étendre la logique de l’autoconsommation à la production maraîchère, aux jardins, qu’ils soient partagés ou individuels, dans l’esprit de ce qui étaient (et sont encore) les « jardins ouvriers » qui permettent à la fois d’assurer la production de légumes et fruits de qualité pour les ménages et de redonner à des populations urbaines qui en étaient éloignées un rapport direct avec la réalité matérielle et naturelle de la production maraîchère. Cependant, dans une société complexe, l’autoproduction atteint vite ses limites. Il s’agit donc aussi de transformer en profondeur le système de production et la nature des bien produits (voir plus haut). 

Quant à la collaboration, on la retrouve dans toutes ces activités et dans d’autres comme le co-voiturage et beaucoup de domaines de l’économie circulaire.

Réorienter radicalement la production agricole

Le développement de l’agriculture industrielle a permis une réduction importante du prix des denrées agricoles et de nourrir ainsi les populations, mais avec des conséquences dramatiques pour l’humanité et la nature :

  • La réduction rapide du nombre de paysans est à la source de la désertification de zones importantes du territoires, amplifiant par là même la disparition de nombreux services publics affectés par ailleurs par les politiques d’austérités qui se sont succédées.
  • L’utilisation massive des pesticides affecte tout à la fois l’espèce humaines (cancers, perte de fertilité et des capacités cognitives, etc.) et la biodiversité de la flore et de la faune.
  • L’agriculture industrielle est également un secteur important de la production de gaz à effet de serre.

Il est donc urgent de réorienter la production agricole vers l’organique (ou biologique) et l’agroécologie. Vers une agriculture paysanne, permettant à chaque travailleur de vivre décemment de son travail. Une réorientation qui devra bénéficier d’aides européennes (réforme de la PAC) et nationales, en particulier pour la conversion, mais qui sera favorisée par les évolutions rapides de la demande, montée du bio, réduction de la consommation de viande, etc. Cette réorientation sera accélérée par une série d’interdictions et d’incitation à des changements d’usage qui garantira également la souveraineté alimentaire (revendication de la Via Campesina) en tenant compte de l’augmentation prévisible de la population :

  • Interdiction de tous les pesticide d’ici 2025, avec interdiction immédiate du glyphosate et néonicotinoïdes,
  • Arrêt de la production des biocarburants qui mobilisent aujourd’hui la grande majorité des cultures d’oléagineux (colza et tournesol), ceux-ci occupant 12% des terres arables,
  • Limitation drastique de la production des cultures fourragère (maïs, etc.) qui occupent 25% des terres arables, rendue possible par la limitation de la production de viande bovine et surtout le retour au pâturage et à l’alimentation au foin.
  • Réforme des règles régissant le foncier agricole pour favoriser l’installation de jeunes paysan.ne.s, y compris sur des surfaces limitées consacrée au maraîchage et à la culture de légumineuses.

Donner la priorité aux soins, à la reproduction

A la racine du productivisme et du consumérisme se trouvent la priorité donnée à la production de nouvelles marchandises et de sources d’énergie et à l’extractivisme qui en est la condition. A l’inverse, les activités liées au soin et à la reproduction – santé, éducation, soins donnés aux enfants et aux personnes âgées, agriculture paysannes… – sont le plus souvent peu valorisées, mal payées et confiées avant tout aux femmes. Il s’agit de renverser cette double relégation, celle de la nature comme inférieure à la culture et celle des femmes dans un monde patriarcal.    L’écoféminisme est une réponse à cette double relégation et est un point d’appui pour penser différemment le rôle des activités du soin et de la reproduction.

L’urbanisme au cœur de la transformation

Quel financement ? 

 

Observation : a ce stade nous sommes peu descendus au niveau des mesures concrêtes, les besoins de financement me semblent donc difficiles à définir. Nous pouvons néanmoins commencer à lister les possibilités ressources nouvelles : 

  • Taxation des carburants fossiles utilisés dans les transports aériens maritimes et terrestres nationaux (puis européens -il faut pour cela un accord européen) et international (il faut pour cela remettre en cause les accords de vienne)
  • Taxation des marchandises importées non conformes 
  • Réforme de la fiscalité du capital, des transactions financières et des revenus,
  • Création monétaire dont les modalités concrètes sont à discuter

Quelle place pour l’Etat ?

La question de l’Etat fait aujourd’hui débat à gauche et dans l’écologie politique. L’expérience soviétique, le bilan plus que mitigé des nationalisations opérées par la gauche au pouvoir doivent nous amener à repenser sa place dans une perspective émancipatrice. Par construction, l’Etat est une instance séparée de la société et se situant au-dessus d’elle. S’il est un enjeu des luttes politiques et sociales, s’il peut certes être transformé et servir de levier à une rupture avec le capitalisme productiviste, il reproduit cependant en permanence un mode de fonctionnement qui structure la domination de couches sociales bureaucratico-technocratiques.  

Au regard du caractère transnational des problématiques soulevées, de la gravité des urgences et de la nature de nos propositions, il apparaît globalement que l’Etat doit reprendre une place plus importante dans la régulation du marché afin de parvenir à rompre avec le modèle productiviste actuel. Il doit à la fois réaffirmer sa présence en augmentant sa capacité redistributive et en accroissant ses capacités de régulation. Ces dernières passent d’une part par du financement de nouveaux projets, de dispositifs et de politiques publiques durables, dans l’énergie, la production et le transformation agricole et industrielle, dans les transport … mais il doit aussi et surtout réaffirmer sa capacité à fixer les règles du jeu économique afin que celui ci s’adapte, dès à présent, dans un contexte international largement libéral, aux exigences environnementales. Ce dernier point est essentiel et permet de s’assurer qu’en dehors des politiques publiques étatisées, programmées, les productions soient en adéquation avec nos exigences environnementales: c’est le rôle de la norme. 

Ces éléments, les thèses discutables de la collapsologie et les enjeux de la démographie mondiale doivent nous pousser à réfléchir et à définir ce que nous considérons être la place acceptable de l’Etat et le niveau de la contrainte souhaitable qu’il exerce sur les citoyens dans la société post productiviste, visant à restaurer un environnement qui assure à tous la capacité au bien être.

Outre le contexte actuel libéral que nous ne pouvons nier, il semble que ce qui nous différencie d’un modèle étatique réside dans la volonté de faire une place importante aux nouveaux modèles de production/consommation, privés mais éloignés des modèles capitalistes : on parle ici de l’autoconsommation, des modèles coopératifs ect. Ils doivent trouver une place nouvelle.

 

6 réponses

  1. Job dit :

    Comme le texte traite des questions immédiates mais aussi du long terme, c’est bien de la visée d’une autre société qu’il s’agit de débattre
    La question n’est pas d’exprimer des désaccords. Je me retrouve pleinement dans l’essentiel du texte en particulier sur nombre d’objectifs.
    Mais ce texte issu de diverses composantes ne porte pour autant que très peu les idées marxiennes et communistes.
    D’ailleurs il est significatif qu’il s’en tient à dénoncer le modèle libéral et productiviste ou capitalisme productiviste néolibéral et non le capitalisme dans son ensemble. Le texte parle même de la nécessaire régulation du marché. Cette illusion de régulation du capitalisme est pourtant un vieux débat au sein des forces de gauche qu’il serait tant, sur la base de l’expérience de dépasser.
    Le capitalisme ne vit que par l’accumulation. Il est fondé sur la propriété privée des outils de production (les entreprises et pas seulement les multinationales ) où seule une classe sociale (les entrepreneurs) décide pour tout le.monde ce qu’il faut produire et elle le fait non pas pour l’intérêt commun, mais pour dominer ses concurrents sur le marché. Et pour dominer sur le marché il faut accumuler….

    D’autre part comment peut on envisager que les citoyens puissent participer à l’élaboration de la société, si ils restent aliènés à leur emploi, contraints de vendre leur force de travail à des patrons. La seule émancipation est celle qui permettra à tous les travailleurs d’être les propriétaires et les décideurs de leur travail et de ses finalités. Sinon d’autres le feront à leur place.

    Alain Job

  2. André Cloutier dit :

    Bonjour,

    Sur cette page, vous n’indiquez pas où et quand a été pondu votre texte. D’autre part, j’ai rapidement trouvé neuf fautes de français :

    « …une » (sic) gouvernement ;
    « consumerisme » prend un accent aigu ;
    « …des besoin (sic) sociaux » : erreur à deux reprises !
    « …fer de lanceect. » au lieu de « fer de lance, etc. »
    « …du territoires (sic) ;
    « …a (sic) ce stade ;
    «…coopératifs ect (sic), au lieu de « …coopératifs, etc. »
    «…réduction drastique » au lieu de « …réduction draconienne ».

    Pour votre crédibilité, merci de faire les corrections.

    André Cloutier, Montréal, Québec, 4 février 2020

  3. FOURNIS Jean pierre dit :

    Je vous suis modestement depuis le départ de ce BIG BANG salvateur initié notamment par Clémentine et Eva et l’équipe.

    Ce TEXTE va globalement dans le bon sens des mesures à prendre sans délais car nos vies, celles de nos enfants et petits enfants sans oublier notre planète, sont en danger. Sans être discourtois il n’est pas à la portée de tout citoyen de notre Pays. Après toutes ces « volte face politique » de toute la Gauche avec ces mensonges à répétitions, ces incompréhensions, et compromissions. Ces laissés pour tout compte en rase campagne, dans un désarrois complet face notamment à une « France Insoumise » dont le chef n’a pas su capitaliser son très bon score présidentiel et surtout perdre en grande partie la confiance qu’ils avaient mis entre ses mains. Avec un Front National (R.N. aujourd’hui) en embuscade et très prévenant dans ses mots à leur égard pour les prochaines élections. Quand on pense au nombre de fois ou il a fallu faire un choix, voter blanc ou contre nature entre la peste et le choléra avec toujours au bout une nouvelle dégradation amplifiée des conditions sociales de leurs vies de citoyennes et de citoyens…!!!

    LE TEXTE FINAL DOIT ETRE RÉDIGE EN FRANÇAIS AUDIBLE POUR TOUTES ET TOUS : ( Nous combattons la technocratie libérale, le texte proposé emploie des mots et des expressions technocratiques non compréhensibles pour la plus part par des citoyens du  » FILE DES COMMUNS « ). Il me paraît important que nous pussions toutes et tous comprendre les tenants et les aboutissants de cette charte très importante de travail pour notre avenir faite en  » Communs  » pour la bonne cause.

    Exemples SUR LE FONT : Rompre avec le productivisme capitaliste actuel OUI. Faire la part belle aux divers types de SCOP, ou autres avec toutes productions : matériels, alimentaires etc.. localisées régionalement sur tout notre territoire OUI. Arrêter les productions Françaises délocalisées dans le monde y compris en Europe. OUI. Arrêter les importations qui nuiraient à nos entreprises nationales sur des produits similaires OUI. Il faut se réapproprier sans marchandisations les biens communs 100% publics comme l’eau, l’énergie, l’enseignement, la santé, le ferroviaire….Aujourd’hui s’il y avait qu’une chose possible à obtenir serait  » l’égalité salariale Homme- Femme  » pour un même travail ou une responsabilité identique, Ce qui rendrez possible, avec les cotisations diverses dans les caisses sociales de santé et de retraite par répartition intergénérationnelle, l’évacuation total du projet à points et surtout d’une capitalisation retraite dans un système marchant privé quasi obligatoire pour vivre dignement.

    Exemples SUR LA FORME : l’emploi de mots comme les prérequis, assesement, capacités cognitives etc…..sans parler d’anglicismes à répétitions pour un document « Français » ouvert à toutes les couches de notre société…..!!! .

    Bon courage à toutes et tous pour cette réécriture avec je le souhaite quelques bons amendements citoyens . Ce petit commentaire d’un retraité de 74 ans non encarté et non téléguidé, il est de ma propre initiative. jpf.

  4. FOURNIS Jean pierre dit :

    Je souhaitais rajouter à mon envoi sur le texte proposé « Rompre avec le productivisme » un complément de paragraphe notamment aux sujet des femmes :
    Au delà du salaire Homme-Femme qui va nous être rabâche le 8 mars 2020 prochain sans effets, il y a un point essentiel à remettre à jour  » l’acquis social antérieur  » sur les naissances donnant droit au femmes à des annuités supplémentaires de retraite pour chaque naissance. Les femmes portent et mettent au monde le futur fruit de la Nation Française, c’est vraiment minable et déplorable d’avoir modifié à la baisse ce droit légitime.
    Je suis révolté et scandalisé part toutes ces mesures de comptes d’apothicaire faites sur le dos du social de base depuis la venue de Mr MACRON et de son soit disant gouvernement de la société civile au pouvoir. Comme leur dernier exploit en date sur cette demande de prime donnée et augmentée par un député centriste aux parents suite au décès d’un enfant…!!!
    En 1945 la France était en ruines et tous nos acquis sociaux ont vu le jour et mis socialement en place et aujourd’hui ou cette France n’a jamais été aussi riche de productivité la redistribution est en arrêt pour le peuple et servie sur un plateau doré aux plus riches de notre Nation…!!!

  5. jacques Bonnet dit :

    Ce texte a , entre autres mérites , celui de poser explicitement , et même en intertître – ce que je salue comme un pas de côté audacieux ! – la question sacrilège  » Pour la décroissance ?  » . Mais vous vous embourbez vite dans votre tentative de  » clarification  » à ce sujet . Pourquoi ? Simplement peut-être parce que vous enfermez d’ emblée ce mot controversé de  » décroissance  » dans l’ habit étriqué d’ une réponse négative au concept économiciste de  » croissance  » … elle-même étroitement définie par corrélation à l’ indicateur PIB , dont ( presque ) tout le monde aujourd’hui a fini par saisir la ringardise ( réduisant grosso modo l’ économie à une histoire de comptabilité monétaire ) .
    En ignorant , volontairement ou non , la dimension hautement politique , et même paradigmatique , qu’ a prise ce mot sous la plume de penseurs-éclaireurs contemporains ( Illich , Gorz , Latouche , Ariès , Azam etc …) , lui conférant valeur de repère ( genre « chiffon rouge  » aux yeux de certains , certes ) et de ralliement à un projet de société mutante et alternative au capitalisme , vous prenez le risque de stériliser le potentiel de débat idéologique et prospectif qu’il recèle et c’ est , je pense , un grand dommage par rapport à l’ actuel besoin de renouvellement des logiciels du  » peuple de gauche  » … dont vous revendiquez votre vocation à devenir une des intelligences collectives .
    Et pourtant !  » Réencastrer l’ économie dans la société …Refonder un nouveau rapport à la nature … Rompre avec le consumérisme … » : ces principes de base  » qui sont les vôtres sont aussi ceux d’ un mouvement de la DEcroissance qui  » cherche à inventer ce que pourrait être une politique du Buen vivir à la française  » … pour reprendre les mots d’ un de ses acteurs , Paul Ariès ( dans sa Préface au livre collectif  » Un projet de décroissance  » publié en 2013 par les éditions Utopia ) .

    A celles et ceux qui rejettent l’ usage même de ce mot-trajectoire , sans doute parce qu’ils/elles n’ ont pas encore perçu ( au point d’ y « croire » , dirait J.P. Dupuy ) le degré de toxicité mortelle de la « croissance  » qui nous est inculquée , à longueur de temps et de médias , par tous les pores de notre peau et tous les neurones colonisables de notre esprit , comme la valeur-étalon du  » progrès  » de notre civilisation capitaliste ( comme le coup de pédale permet au cycliste de continuer à avancer sans tomber ! ) , je suis tenté de demander : Par rapport à l’ épée de Damoclès qu’est l’ arme atomique , que pensez-vous du DEsarmement ? Et de la DEmondialisation … par rapport aux ravages du libre-échangisme ?

    Simple question …

  6. Gouriel dit :

    Toutes ces analyses, ces programmes excellentes demeurent des mots inopérant. Il serait sans doute plus urgent d’actualiser le « Que faire ? », les « Thèses d’Avril » de Lénine et son « moteur » de prise de pouvoir face à une droite idéologiquement et politiquement unie

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