Agent Cost Killer

Cinquante-cinq ans après la mort de l’auteur, le dernier roman posthume d’Ian Fleming (Agent Cost Killer) est désormais sur tous les écrans. Prouesse de vividité, cette fiction s’impose aujourd’hui aux chaînes de télévision du monde entier comme une pause dans le quotidien irréel de l’information en continue. Une fois n’est pas coutume, l’ennemi soviétique prend ici le costume de l’ancien ennemi japonais, désormais geôlier monstrueux d’un nouveau héros franco-libanais. Après avoir dirigé Renault-Nissan, premier groupe mondial dans l’automobile, le capitaine d’industrie tombe sous les coups d’une machinations sournoise. L’agent Cost Killer* se retrouve alors emprisonné pendant près de 14 mois. Il passe les premiers, isolé de sa famille, réduit à manger du riz blanc. 

C’était sans compter sur l’habileté hors norme du chef d’entreprise qui s’échappe au yeux de tous, mouchant Tokyo et soulageant l’élégante élite française. Après la prison, voilà que le héraut de Renault se trouve face à son deuxième chemin de croix : l’exil à Beyrouth. Bien décidé à profiter de sa retraite au Levant, il tente alors de multiplier les procédures judiciaires internationales pour retrouver ses moyens de subsistance acquis à la sueur de son front. Être privé de son indemnité de départ après de si nombreuses années à déplacer, usine après usine, la production en Tunisie et en Roumanie arrive comme le dernier clou de sa crucifixion dans un monde qui n’a jamais apprécié sa réussite. Moins exubérante que celle de son alter égo James Bond, la vie de Carlos Ghosn nous passionne tout autant. Oubliez les James Bond girls, les technologies de pointe du génial Q, le protagoniste nous plonge dans un monde de rebondissements et de procès et celui d’un amour fidèle, unique, pour sa famille. Une prise de risque insensée pour l’ancien espion Ian Fleming qui sur son lit de mort avait conservé ce parchemin inoubliable.  

Roman d’une dureté psychologique insoutenable, l’oeuvre joue d’un sensationnalisme si réel qu’il parvient parfois à flouter les lignes entre littérature et réalité. Avec son style si détaillé, il arrive presque à faire de Léa Salamé une vraie journaliste quand, comme pour ajouter de l’intensité au récit, elle interroge pour France Inter l’antihéros Ghosn. A-t-il voyagé dans une malle pour sortir du Japon ? Nous n’oserons pas tourmenter le lecteur au point de lui révéler ce moment clef de l’intrigue. Finalement, sa publication récente colle avec l’air du temps où résonne aux quatre coins du monde une haine du riche. Une anticipation brillante de l’écrivain britannique qui le classe ainsi au rang de génie littéraire et refait vivre avec grâce la célèbre phrase de Paul Nizan dans Aden Arabie :“ il n’existe que deux espèces humaines qui n’ont que la haine pour lien, celle qui écrase et celle qui ne consent pas à être écrasée ”.

Paul Elek

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