Charybde pour remplacer Scylla

Au poste de secrétaire d’Etat aux retraites, Laurent Pietraszewski pour remplacer Jean-Paul Delevoye, c’est un peu Charybde pour remplacer Scylla. On avait réussi à avoir la peau du premier en lui trouvant toute une série d’oublis malencontreux (sic) sur sa déclaration d’intérêts. Voilà que l’autre débarque et qu’on flaire déjà les casseroles qui s’alignent. C’est ça qui est cool avec la macronie : ils croyaient que sortir des petits nouveaux dans le champ politique allait leur permettre de constituer une armée de vierges, mais, manque de pot, ça ressemble plus à la légion étrangère.

Mais qui c’est donc, ce Laurent Pietraszewski ? Né à Saint-Denis en 1966, il grandit en grande partie à Lille d’où sa famille est originaire. Jusque là, tout va bien. Après le bac, il s’oriente vers un DEA en économie appliqué à l’université de Lille I. Puis va bosser chez Auchan. Ah. Bon. Pourquoi pas. Dans les ressources humaines. Hum. Et gravit les échelons jusqu’à devenir responsable de la gestion des carrières, du recrutement et de l’évaluation au sein du groupe. Pour environ 5.000 euros nets par mois. C’est beaucoup mais loin des rémunérations à rien foutre de son prédécesseur.

Sauf que ce n’est pas là que le bât blesse : le type est supposé être un expert des ressources humaines mais a à peu près autant de qualités managériales que Christophe Castaner de retenue dans sa doctrine des forces de l’ordre. « Un homme hypocrite et méchant », l’organisateur de « chasses aux sorcières », « un carriériste qui licencie à tout-va » dénonce un membre de CFDT l’ayant connu au travail  : ça va être sympa les discussions bilatérales avec les syndicats.

Et le pire, c’est que l’intéressé s’en défend à peine ! Il lui est notamment reproché d’avoir mis à pied une salariée d’un supermarché de Béthune pour avoir fait une erreur de commande de 80 centimes d’euro et un pain au chocolat cramé donné à une collègue. Quand on apprend ça la première fois, on croit à une fake news. Mais que nenni : Laurent Pietraszewski assume la mise à pied parce que son rôle était « d’examiner des éléments objectifs ». On se croirait dans un film de Ken Loach.

Et comme les emmerdes, ça vole en escadrille, on ne peut pas passer à côté de cette information-clef dont, pour le moment, nous n’avons pas les tenants et les aboutissants et que l’on doit se contenter de livrer sans commentaire : Laurent Pietraszewski a touché 71.872 euros de la part d’Auchan au mois d’août et septembre dernier. Alors qu’il était député. Depuis deux ans. Et engagé sur le projet de réforme des retraites dont Jean-Paul Delevoye voulait lui confier le titre de rapporteur. 35.000 euros par mois alors même qu’il était député ?? Je ne savais même pas que c’était possible.

Mais le problème de fond n’est pas dans l’accumulation hautement risible des aberrations d’un casting d’un gouvernement dont on connaît désormais l’amateurisme en de multiples matières. Non, le problème, c’est précisément que l’enchaînement de ses bourdes, de ses oublis, de ses sommes mirobolantes qui siéent si mal à des élus de la République que l’on voudrait irréprochables, de ces situations insupportables que l’on nous rapporte et des agissements quasi délictueux qu’on nous narre. Notre exécutif n’est qu’un ramassis de méprisants et d’arrogants, pétris de leurs certitudes, persuadés d’avoir raison mais surtout, surtout, complètement déconnectés de toutes les réalités qui font le quotidien d’une majorité écrasante de Français.

Comment voulez-vous qu’on les croit sur parole lorsqu’ils affirment qu’aucune retraite ne sera en dessous de 1.000 euros lorsque cela ne représente pas même ce que le nouveau secrétaire d’Etat a gagné au cours d’une journée de travail du mois d’août dernier (et encore, on n’a compté que ce que lui avait donné Auchan et pas son indemnité d’élu) ? Mais on aurait tort de croire que ce gouvernement, avec la démission de Jean-Paul Delevoye puis la nomination de Laurent Pietraszewski, « rencontre quelques problèmes », « subit des turbulences », ou « devrait rectifier le tir ». Non : ce gouvernement EST le problème. C’est dans son ADN que de nommer des suppôts de lobbies, cumulards et pleins aux as. C’est dans son ADN que de regarder les gens avec une moue impatiente en leur faisant comprendre qu’ils ne comprennent rien au monde comme il va. C’est dans son ADN de confondre les intérêts de quelques uns avec ceux de la France. C’est dans son ADN de croire que l’on va rester assis gentiment à les regarder faire et ne pas se lever pour les envoyer paître.

Lola-Valery Bruissard

2 réponses

  1. Jerome dit :

    Mdr. Elle est marrante la gauche en fait. J’aime bien

  2. PATRICK ALBERT dit :

    Attention ce n’est pas pour couvrir Laurent Pietraszewski mais les 71.872 € correspondent, sauf erreur de ma part, à une indemnité de licenciement et non des salaires.

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