La banalité de la matraque

Deux individus vêtus de noir, casque de moto sur la tête, et arborant fièrement le brassard orange de policier rouent de coups un individu au sol qui se débat tant bien que mal pour ne pas recevoir la matraque sur le visage. Voilà une scène bien ordinaire sur les vidéos qui nous arrivent du Chili. Sauf que celle-ci, se déroule à Paris. La foule immense du 5 décembre n’a en rien modéré la doctrine du bien mal nommé maintien de l’ordre.

L’on peut se réjouir sans doute, que cette manifestation historique de centaine de milliers de personnes dans la capitale ait donné corps à la colère diffuse dans le pays. Les chaînes en continue et leur bavardage cyclique n’ont pu que reconnaître cet état de fait et leurs tentations d’utiliser la violence pour traîner encore plus dans la boue les acteurs des luttes n’ont eu pas lieu. Que manquait-il alors dans ce récit du 5 décembre ? Sans doute un peu d’indignation quant aux méthodes policières se revêtant désormais du sceau de l’habitude.

Outre les tabassages, les condamnations de plus de 3000 gilets jaunes (dont 400 à de la prison ferme) presque passées inaperçues, trois journalistes ont été blessés ce jeudi. Mustafa Yalgin, journaliste turc dont le casque de protection a explosé sans doute du fait d’une grenade de désencerclement risque de perdre son oeil. Taha Bouhafs, journaliste pour le site Là-bas si j’y suis, et cible récurrente de menaces de syndicats policiers, n’a pas fini la manifestation. Quelque temps après avoir filmé un lancer de grenade non réglementaire (lancé en cloche, permettant une explosion au niveau du visage), il s’effondre, un tir l’ayant touché au genou. Enfin, Gaspard Glanz, increvable journaliste de Taranis new, régulièrement arrêté par la police qui le harcèle car son travail la met souvent en cause, a publié les photos impressionnantes de ses cuisses meurtries par les éclats de la grenade qui a explosé sur lui, déchiquetant son pantalon renforcé.

Sur Twitter, le compte de Synergie Officiers ironisent sur la caractérisation de “journaliste” de ces trois reporters tandis que celui des Commissaires de Police SICP affuble ces derniers de sobriquets insultants traitant David Dufresne d’imposteur, lui qui a publié au moyen de sa plateforme de signalement “Allo place Beauveau” la plus documentée des infographies sur les bavures policières qui ont cours depuis l’an dernier. Voilà, l’arrogance que permet l’impunité. Journaliste ou gilet jaune venu fêter l’anniversaire du mouvement, il suffit d’être présent pour perdre un oeil. S’étonner d’une scène mille fois répétée serait épouser une naïveté qui ne sied pas à la gravité de la situation.

Il est temps de repenser de fond en comble la doctrine, d’interdire les LBD et autres grenades mutilantes et de créer des organismes indépendants de contrôle de la police, ce que n’est pas l’IGPN aujourd’hui. En sus du danger physique que représente cette folie répressive, un autre guette, celui de sa banalisation totale. Perdre la bataille anti-répressive est un luxe que l’on ne peut plus se permettre, les habitant.e.s des quartiers populaires l’ont compris depuis longtemps.

Paul Elek

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