Quand la jeunesse s’embrase

Quand Jan Palach ou Mohamed Bouazizi se sont immolés par le feu, personne n’a manqué de souligner le caractère politique de leur acte. En France, aujourd’hui, lorsque Anas, étudiant de 22 ans les a suivi dans leur terrible cortège, le président de la République parle d’un “cas particulier” pendant que les membres du gouvernement s’évertuent à ne pas y voir un “acte politique”. Rien ne semble troubler l’illusion béate que le pouvoir veut faire vivre dans notre société, pas même cet horrible acte désespéré. 

La précarité étudiante, un cas particulier ? Pourtant, plus de la moitié travaillent pendant leurs études, et ce n’est certainement pas pour le plaisir de servir au bar, à McDo ou de jouer les coursiers à vélo. Les syndicats étudiants ne cessent d’ailleurs de rappeler que le travail étudiant est la première cause d’échec à l’université. Trouver un logement est devenu un parcours du combattant. Sans les bonnes connexions, les bons dossiers, les bons soutiens, on innove : bienvenu dans les joies de la colocation forcée, ou mieux, les chambres vétustes du Crous pour celles et ceux qui ont tiré le numéro gagnant. Quant au système de bourse, il s’agit d’une maigre rétribution à en voir la bourse maximale, calculée sur les revenus des parents (l’échelon 7), et qui s’élève à 555,10 euros par mois. De ce triste tableau, le gouvernement ne voit rien, ces membres ne l’ont pas vécu et rien ne saurait les faire bouger de leurs obsessions budgétaires. 

Ainsi, face à l’indifférence du gouvernement, la jeunesse s’embrase. Des manifestations se sont tenues à Lyon, Paris, Lille. Dans les villes étudiantes, le drame n’est pas passé inaperçu. Il résonne comme un triste rappel d’un quotidien abrupte qui caractérise désormais l’entrée de la jeunesse dans notre monde de compétition. Nous ne pouvons laisser notre jeunesse être la proie du désarroi permanent, de l’essoufflement vital. Faisons mentir Paul Nizan pour que plus jamais nous ne puissions dire  « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.».

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

 

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