Bolivie : ne pas perdre la bataille Morales

L’Amérique Latine n’a pas fini de souffrir la violence des forces réactionnaires et de ces alliés de Washington. Evo Morales “a démissioné”. Incité par la menace des forces armées et de la police, le président bolivien a renoncé au pouvoir, autant le dire comme nous le pensons : suite à un coup d’Etat. Ce geste lui avait été recommandé par la Centrale ouvrière bolivienne pour pacifier le pays dans lequel les déchaînements de violence naissaient. Le vice-président Alvaro Garcia, la présidente et le vice-président du Sénat et le président de la Chambre des députés l’ont tous suivi dans son avenir démissionnaire, eux que la Constitution chargeait tour à tour du pouvoir en cas de vacances des postes consacrés par le protocole. Pour des personnes à qui l’on reproche de s’accrocher à leur position, c’est un geste curieux, à moins que la menace soit réelle et confirme le caractère putschiste de l’événement.

C’est que le scénario se répète ad vitam eternam dans ce sous-continent. Les milieux d’affaires néolibéraux, concentrant souvent les puissances économiques et agraires et les amitiés douteuses avec les grandes multinationales ou Washington n’ont jamais accepté l’arrivée de pouvoirs populaires qui se sont battu contre la pauvreté, le pillage des ressources naturelles, le droit des populations autochtones, la préservation de l’environnement. Venezuela en 2002, Equateur en 2010, les tentatives de coup d’Etat échouées font moins couler d’encre que le regrettable caudillisme des dirigeants latino-américains. Et lorsqu’elles réussissent, vous trouverez toujours la diplomatie occidentale pour adouber les nouveaux alliés autoproclamés légitimes même si aujourd’hui, confronté à la hauteur de vue d’Evo Morales, elle se complait plutôt dans le mutisme. 

La violence des opposants aux régimes progressistes et leur faits d’armes font également rarement la une des canards français. Pourtant, les scènes d’humiliation très fortes subies par la maire de Vinto, soutien de Morales, aspergée de peinture rouge, tondue, et forcée à marcher pieds nus plusieurs kilomètres devraient faire réagir. Pourtant, l’irruption du militant raciste et fasciste Luis Fernando Camacho au parlement brûlant le drapeau indigène, le « wiphala » et promettant de ramener « Dieu au palais » en dit long sur l’état d’esprit de cette opposition. La démission du président Morales n’a d’ailleurs pas éteint la violence et les partisans de ce fou furieux brûlent les tribunaux électoraux régionaux. Avant de rejoindre les affaires puis désormais la politique, il s’était encanaillé à l’ Union des jeunes Crucenistes, groupe paramilitaire blanc anti-indigène. Difficile alors de croire à un mouvement civique lésé lorsque cette opposition s’appuie notamment sur les forces armées et policières pour faire du chantage au président, désormais en exil au Mexique. Quant au rapport de l’OEA brandi par l’opposition et qui dénonce des irrégularités, sa conclusion est formelle, la victoire d’Evo Morales est réelle. 

Que retenir ? D’abord que la malédiction de la gauche latino-américaine est sans doute cette peur de perdre le pouvoir, gagné grâce au soutien des peuples face à d’innombrables Goliaths. Que les processus constituants qui avaient fait naître de nouveaux cadres progressistes et démocratiques d’un genre nouveau ne peuvent connaître d’exception, même avec de bonnes intentions, sous peine de servir d’excuse utile à la droite réactionnaire, aux nostalgiques des dictatures, aux prédateurs vautours et à l’impérialisme américain. Que lâche comme souvent dans l’histoire, la diplomatie européenne sera au choix muette ou supplétive des Etats-Unis, et toujours contre les peuples. En effet, hier, pendant les questions au gouvernement, la France a fait savoir que sa position consistait à penser que « tenir des élections, c’est bien » et qu’elle entend rester sourde face à toutes les inquiétudes légitimes que soulèvent nos amitiés internationalistes.  

Paul Elek 

2 réponses

  1. Froissart dit :

    Bien d’accord sur la description de l’opposition, mais un silence inquiétant sur la volonté de Morales d’avoir un 4ème mandat contrairement à la constitution bolivienne. Les « progressistes » ont-ils par nature le droit de rester au pouvoir éternellement ?

    • Pibouleau dit :

      il faut juger sur pièces: le vote populaire en faveur de Moralès, le danger constitué par le retour possible d’une droite réactionnaire qui détruirait les acquis sociaux, l’interventionnisme guerrier des E.U. et aussi le geste de Moralès de proposer un second tour électif: que vous faut-il de plus?

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