Far West en Amazonie

Paulo Paulino Guajajara est la dernière victime du drame forestier qui se passe en Amazonie. À 26 ans, il est le cinquième “gardien de forêt” assassiné ces trois dernières années. Militant au sein de l’ONG Gardiens de forêt, il était un militant infatigable de la défense des 413 000 hectares sur lesquels vivent les indiens Guajajara. Lassés d’attendre une aide effective du gouvernement brésilien, ces habitants du coeur de l’Amazonie avaient pris les devants en organisant des patrouilles face aux trafics et coupes illégales du bois en plein boom ces dernières années et contre une expansion agricole galopante. Prenant les choses en mains, les militants autochtones ont à plusieurs reprises détruits les campements illégaux et livrés les trafiquants à la police. Un noble combat, au prix désormais de cinq vies perdues. 

Dans cette lutte de David contre Goliath, le président Bolsonaro a clairement choisi son camp. Candidat de choix des grosses compagnies de l’agro-alimentaire, le chef d’Etat brésilien n’a eu de cesse de minimiser les désastreux feux de forêt de cet été, allant jusqu’à expliquer qu’ils seraient causés par les ONGs et les indiens eux-même dans les buts de récupérer des terrains pour une agriculture vivrière. Rien ne semble donc éviter une catastrophe longuement annoncée pour le poumon du monde. Pas même les piques envoyées par le “Champion de la Terre”, actuel locataire de l’Elysée. C’est que malgré l’écologie de communication du président français et ces “Make our planet great again”, le drame se poursuit. 

Entre trafics et business, industrie et désastre écologique, il ne faut pas oublier les chercheurs d’or en col blanc de ce Far West amazonien. Malgré les déclarations de la ministre d’Elisabeth Borne, menteuse comme une arracheuse de dent, la France ne joue pas la bonne partition sur le projet de la Montagne d’or. Dans une numéro d’équilibriste digne du “en même temps” jupitérien, la ministre de la transition écologique a réussi à dénoncer le fameux projet de mine en Guyane estimant qu’il ne satisfaisait pas les standards écologistes du gouvernement tout en donnant un avis favorable à la prolongation des concessions des terres dudit projet aux  sociétés minières Nordgold et Columbus Gold Corporation via ses services au sein de la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) de Guyane. Qui peut douter que prolonger ces concessions arrivées à terme au 31 décembre 2018, ne signifie pas la fin du titanesque projet de mine prêt à polluer et détruire 800 hectares de forêt au grand dam des populations autochtones ? 

Dans ce vestige colonial qu’est la Guyane Française, ancien haut-lieu de l’esclavage, Macron fait du Bolsonaro, loin des regards et de l’attention médiatique qui fantasmait sur les critiques brûlantes qu’il adressait à son confrère brésilien à propos des mégas-feux de l’été. Dans ce bout d’Amérique, les peuples qui savent y vivre en harmonie avec la nature en seront les premières victimes.

Paul Elek

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