SNCF : la direction en train de mytho 

PHOTO L’UNION - Aurélien Laudy

Vendredi 18 octobre, panique dans les gares. Alors que les esprits s’échauffent sur les quais, pas de cheminots en vue pour permettre à chacun de suivre son train-train quotidien. La direction de la SNCF, très soucieuse de prendre ses usagers, pardon ses clients pour des cons, annoncent aux moyens de ces panneaux la nouvelle : dites bonjour à la “grève surprise” (ou “inopinée” pour les intimes). Que nous ont donc encore concocté les privilégiés du rail, cette racaille ouvrière dont les prises d’otage régulières font pâlir le Bataclan ? 

Le droit de retrait, en cas de condition de travail déplorable, pourrait vous sauver la vie. C’est de ça dont on usait les personnels ce matin-là, le droit de cesser son activité lorsqu’on estime ne pas pouvoir effectuer son travail dans des conditions sereines. Voyez-vous, ce mercredi 16 octobre, un TER s’est engouffré dans un camion à Saint-Pierre-sur-Vence dans les Ardennes. Sans contrôleur ou autre personnel présent, le conducteur blessé à la jambe a dû venir en aide aux passagers blessés. Pour éviter un suraccident il a marché 1,5 km afin de poser des signalisations de sécurité et s’assurer qu’un autre train ne lui emboîte le pas. Pas de légion d’honneur pour ce héros du quotidien, il n’est ni dictateur ni évadé fiscal. 

Voilà pourquoi, ce vendredi, de très nombreux agents de notre service public raillé ont décidé de marquer le coup. Se battre pour la sécurité de tous et toutes, quelle mouche a donc piqué ces indéfendables sagouins ? La solidarité est passée de mode, mais ces gredins s’accrochent, ah les boute-en-train ! Le suspens vendredi était d’ailleurs insoutenable : allaient-ils pouvoir s’exprimer, s’expliquer, renverser la vapeur ? C’était sans compter le désir public de leur crucifixion qui poussaient au train de nos dirigeants. Guillaume Pépy, dont l’entrain pour venir en aide à ces salariés est assez similaire à l’envie du Christ de monter sur la croix, s’est empressé d’annoncer des “retenues sur salaires” et des sanctions, estimant que le droit de retrait n’avait pas lieu d’être en absence de danger. Plus habitué des chauffeurs privés et des avions, on comprend son état de quiétude. Edouard Philippe s’est lui aussi lancé dans la bataille dénonçant une “grève sauvage”. C’est vrai quoi, chez les cheminots on joue à la grève comme un gamin joue avec des billes, c’est un instinct sauvage. Des rumeurs rapportent même le concours organisé chaque année par les syndicats de celui qui perdrait le plus de salaire…

Comme toujours, ces bonimenteurs de la direction du pays et de la SNCF ont pu compter sur le renfort du cycle infernal de la fake news en continue et de vos inoubliables BFM TV, Cnews & cie, qui lorsqu’ils ne sont pas occupées à inviter des fascistes, aiment à relayer la communication des puissants. Oui mais voilà, Sud-Rail confirme, l’inspection du travail a validé le droit de retrait, et la direction de la SNCF avec ses annonces de “grève surprise” est en train de mytho.

Paul Elek 

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